Comment la lecture façonne l'avenir : l'histoire de l'écrivaine Unzila Mynbay
Le 23 avril, le Kazakhstan célèbre la Journée nationale du livre, instituée à l'initiative du président Kassym-Jomart Tokaïev. À une époque de changements rapides, les livres conservent le pouvoir de suspendre le temps, de renouer avec son monde intérieur et de découvrir de nouvelles significations à travers des récits et des expériences personnelles.La littérature kazakhe contemporaine aborde de plus en plus le thème de l'humanité : l'enfance, la famille et le développement personnel. Dans ce contexte, les œuvres où l'intime devient universel et où une histoire privée reflète toute une génération occupent une place particulière.Unzila Mynbay, écrivaine, membre de l'Union des écrivains de la République du Kazakhstan et auteure de « Femmes de ma maison » et « Champions de l'enfance », est l'une de ces auteures. Dans un entretien accordé à Qazaq Culture, elle évoque le rôle des livres dans la société moderne, ses sources d'inspiration personnelles et explique pourquoi il est particulièrement important de lire davantage aujourd'hui.– Le Kazakhstan célèbre la Journée nationale du livre le 23 avril. Quel rôle pensez-vous que les livres jouent dans la société moderne ? « Je crois que c'est précisément parce que les livres ont commencé à perdre de leur importance dans la vie publique qu'ils bénéficient aujourd'hui d'une attention particulière au niveau de l'État. La création de la Journée nationale du livre est un signe important et une orientation judicieuse, établissant une référence pour le développement d'une nation de lecteurs. Et je considère cela comme une étape très importante et opportune.Tout État a besoin d'un système de valeurs fort, un système qui permette aux citoyens de se sentir liés à leur pays, responsables envers leur terre natale, et de respecter leur famille, la société et eux-mêmes. Et les livres ont toujours été et restent l'une des principales sources de la formation de ces sentiments, de ces significations et de ces aspirations. »— Comment votre carrière littéraire a-t-elle débuté, et quand avez-vous décidé de devenir écrivaine ? Quelle est l'importance d'une formation spécialisée pour un écrivain ?— J'ai toujours voulu être écrivaine. Après avoir rêvé d'être actrice, présidente, voyante. Mais si ces idées étaient passagères, le désir d'écrire face à un lac en forêt ne m'a jamais quittée. Même lorsque je travaillais comme avocate d'affaires.Et puis j'ai donné naissance à mon troisième enfant. Et comme après tout événement traumatisant, lorsqu'on se remet sur pied, qu'on ouvre soudain les yeux et qu'on se met à parler les langues mortes de la Rome antique, de même, au réveil après mon troisième accouchement, j'ai décidé que j'étais désormais écrivaine. Je me souviens d'avoir donné naissance à mon troisième enfant et d'avoir ressenti très clairement, presque tangiblement, l'envie de lire un livre. Puis j'ai réalisé que je n'avais pas lu depuis longtemps.Je voulais retrouver cet état où un livre vous captive totalement, où l'on lit sans s'arrêter, où l'on éprouve des émotions fortes, où l'on redécouvre sa sensibilité aux mots et à la vie.Je suis allée à la bibliothèque, où l'on m'a conseillé les nouvelles de Dina Rubina. À ce moment-là, je n'avais rien lu depuis une éternité – il me semblait que je n'avais pas touché à un livre depuis l'école : la jeunesse, la famille, les enfants, la vie. Mais ces textes sont devenus une puissante impulsion intérieure. Je lisais et je me sentais peu à peu emplie – de langue, d'intonation, de précision des images, de profondeur de l'expérience humaine. Et à un moment donné, cet épanouissement s'est naturellement mué en un désir d'écrire moi-même, d'exprimer ce qui s'était accumulé en moi.Quant à la formation professionnelle, je pense qu'elle est certainement importante : elle fournit un cadre, un éventail de lectures, une compréhension de la littérature comme métier et comme art. Mais, à mon avis, la formation seule ne suffit pas. Un écrivain naît d'un besoin intérieur de s'exprimer et d'une capacité à ressentir le monde plus intensément.– Pourquoi les thèmes de la famille et du rôle des femmes occupent-ils une place si particulière dans votre œuvre ? Où puisez-vous votre inspiration ?– Probablement parce que je crois profondément en la famille et au pouvoir des relations étroites. Tout ce qui compte le plus pour moi est lié à la maison, à l'enfance, aux parents, à mon mari et à mes enfants ; c'est là que naissent les sentiments les plus forts et les souvenirs les plus profonds.Je suis inspirée par les gens qui m'entourent. Chaque personne est un univers à part entière pour moi. Je souhaite écrire sur les hommes sensibles, que la société ne tolère pas toujours comme vulnérables, sur les femmes, dont l'héroïsme quotidien, presque imperceptible, passe souvent inaperçu, sur les enfants, pour qui nos décisions d'adultes deviennent le centre de leur univers. Pour moi, la famille est le point de départ de toute histoire. C'est là que se forge une personnalité : sa force, ses traumatismes, sa capacité d'aimer, son besoin de solitude.– Quel rôle joue la littérature dans la formation des valeurs, et comment pouvons-nous inculquer le goût de la lecture à la jeune génération aujourd'hui ?– La littérature continue de façonner les valeurs, mais il est essentiel qu'elle soit accessible et compréhensible pour le lecteur moderne. La lecture manque aujourd'hui d'attrait ; il faut la « réinventer » : les livres doivent être visuellement attrayants, contemporains, afin d'être aussi captivants que des éléments familiers de la culture quotidienne.Le style d'écriture est également important. Un langage complexe et ampoulé est rebutant ; le texte doit être vivant, authentique et s'adresser au lecteur dans un langage simple. Il est indispensable de bien connaître son public. Aujourd'hui, le temps manque, c'est pourquoi les formats courts, les textes dynamiques et les nouvelles gagnent en popularité et contribuent à raviver l'intérêt pour la lecture.Les clubs de lecture sont également efficaces. Au début, on lit par obligation, pour respecter une échéance, mais ensuite, un véritable intérêt et un plaisir de lire s'installent. C'est ainsi que se crée progressivement une habitude et que l'amour des livres renaît.– Quel livre recommanderiez-vous aujourd'hui et pourquoi ?– Honnêtement, je recommanderais mon livre, « Les Femmes de ma Maison ». Non seulement parce qu'il s'agit d'une interview, mais aussi parce que c'est un recueil d'histoires sur nos contemporaines, des histoires empreintes de chaleur, d'humour et de sincérité.Au centre, une femme et son univers : les enfants, la famille, le travail, les luttes intérieures. Ce sont des histoires de force au quotidien, d'héroïsme méconnu, d'une vie sans titres ni récompenses.Pour moi, ce livre est un portrait authentique de la société, où les personnages principaux sont des femmes ordinaires : nos mères, nos sœurs, nos voisines. Pas exceptionnel au sens traditionnel du terme, mais vraiment solide – sans les grands mots.