Autrefois, Korkyt Ata chevauchait son Zhelmaya (chameau), tenant sa kobyz noire dans ses mains, et parcourait le pays. Il était un voyant qui montrait le chemin à ceux qui étaient perdus, donnait des conseils à ceux qui souffraient et prédisait l'avenir. Il exprimait ce qu'il voyait et ressentait à travers les mélodies profondes de la kobyz et ses küys (pièces musicales).
Un jour, Korkyt vit en rêve un saint homme dont la barbe blanche lui tombait jusqu'à la taille et qui tenait une canne blanche. Le saint homme lui fit une révélation :
– Ô Korkyt, si tu ne prononces jamais le mot « mort », la mort ne te touchera jamais, – dit-il. Korkyt se réveilla et eut l'impression d'avoir entendu ces mots en réalité. « Ce doit être une épreuve de Dieu », pensa-t-il, gravant les paroles du saint homme dans son cœur.
Ainsi, les années passèrent et les jours s'écoulèrent. Korkyt, n'oubliant pas le précepte du saint homme, ne prononça jamais le mot « mort » et continua de parcourir le pays en jouant de sa kobyz.
Un jour, alors qu'il retenait la bride de son Zhelmaya et se reposait, il vit les habitants d'un village en grande difficulté, incapables d'attraper un taureau échappé. Même si tout le village était réuni, jeunes et vieux, ils ne pouvaient pas maîtriser le taureau sauvage. Alors Korkyt monta sur son Zhelmaya et tenta de rabattre le taureau. Mais le taureau échappé ne céda pas non plus à Zhelmaya. À force de le poursuivre, Korkyt était épuisé. « Que le diable m'emporte, je ne te laisserai pas t'échapper, même si j'en meurs ! » dit-il en éperonnant son Zhelmaya. Dès qu'il prononça ces mots, le veau tacheté se transforma en pierre et se figea. Avant de se pétrifier, il lui fut donné la parole, et il se lamenta ainsi :
Moi-même j'étais noir,
Du noir, je suis né tacheté.
Ma terre natale – Qazaly,
Cette montagne est devenue ma fin !
Ayant dit cela, le veau tacheté se transforma en pierre. À ce moment, Korkyt réalisa que le mot « mort » lui était sorti de la bouche et regretta amèrement. Mais une parole dite ne revient pas. Korkyt, comprenant qu'il était impossible de s'opposer au destin, fut plongé dans une profonde tristesse. Ensuite, il fit galoper son Zhelmaya et partit parcourir les quatre coins du monde.
Et on raconte que cet événement s'est installé dans la kobyz de Korkyt sous la forme du küy intitulé « Targhyl Tana » (Le Veau Tacheté).