Kariboz et Saltory

Dans les temps anciens, raconte-t-on, vivait un connaisseur de chevaux, un atbegi, qui reconnaissait infailliblement un véritable cheval de course. Il possédait un cheval nommé Kariboz, qui vieillit à ses côtés. Depuis ses débuts comme tondeur de moutons jusqu'à un âge avancé, Kariboz était réputé comme un cheval de course, sans égal dans toutes les grandes et petites foires (toi) organisées par les clans environnants. À la vue de Kariboz, de nombreux organisateurs de fêtes lui offraient le prix sans même faire courir leurs chevaux.

Quand Kariboz devint vieux et décrépit, la renommée de Saltory se répandit. Partout où les chevaux couraient, Saltory prenait la tête dès le départ et, sans même une trace de poussière sous ses sabots, franchissait la ligne d'arrivée en premier. À quarante ans, Kariboz était déjà affaibli et visiblement fragile. Et puis, lors d'une grande foire (toi), Saltory participa à la course de baïga. Voyant les chevaux se balancer doucement, cabrer et mordre leur mors, s'élancer vers la course, Kariboz courut du pâturage jusqu'à la maison de son maître, passa la tête sous l'auvent et se mit à trépigner d'impatience. Le maître pensa : « Mon cheval sacré a dû perdre la tête », mais, incapable de contenir son angoisse, il demanda : « Veut-il vraiment repartir en course ? » Il sella le cheval, y installa un de ses fils et le lança à la suite des nombreux chevaux déjà partis pour la baïga.

Dès qu'il quitta la cour, Kariboz jaillit comme une flèche, dépassant rapidement les chevaux et se plaçant dans la file. Arrivés à l'endroit convenu, les chevaux rebroussèrent chemin. Saltory, comme à son habitude, prit aussitôt une longueur d'avance et refusa longtemps de laisser quiconque l'approcher. Mais bientôt la ligne d'arrivée apparut et l'on entendit les cris de la foule rassemblée. Alors, le dos du décrépit Kariboz sembla se redresser, son sang afflua et il se mit à presser Saltory avec une force grandissante. Un garçon tête nue, chevauchant Kariboz au coude à coude avec Saltory, cria :

« Ne luttez pas, ne forcez pas !

N'abandonnez pas Saltory !

Si vous êtes distancé,

je ne prendrai pas le prix du riche !

Ce Kariboz n'est pas encore
hors course ! »

Et il fouetta son cheval. Kariboz bondit de toutes ses forces, prit son élan et, laissant Saltory derrière lui comme un cheval emmêlé, franchit la ligne d'arrivée en premier, avec une longueur d'avance.

Mais il avait à peine atteint la ligne d'arrivée qu'il s'effondra, mort. Ceux qui connaissaient Kariboz y virent une autre qualité inhérente à un véritable cheval de course et y virent un bon présage : sa viande fut aussitôt dépecée morceau par morceau, directement au couteau.