Taukudyret

Dans les temps anciens, le dombra n'avait qu'une seule corde, et le taukudiret qu'une seule aile. L'aile unique du mâle poussait à droite, celle de la femelle à gauche.

Même avec une seule corde, le dombra pouvait produire un son, mais au fond de lui, il semblait ressentir un manque. Le taukudiret confiait son désespoir jour et nuit à Tengri, le suppliant de lui donner deux ailes pour pouvoir planer librement dans les cieux, et criait sans cesse : « Kudiret-au, kudiret ! »

Et puis un jour, le mâle pensa :

« Au lieu de pleurer sans cesse, essayons de voler », dit-il à la femelle. Alors, s'enlaçant, ils battirent des ailes à l'unisson. À cet instant précis, leurs corps s'élevèrent du sol, et les oiseaux s'envolèrent dans le ciel. La terre restait loin en dessous, et les deux oiseaux planaient librement dans les airs. Le vent s'empara de leurs ailes et les emporta encore plus haut. Leurs cœurs palpitèrent de joie, et les deux taukudiret s'écrièrent avec gratitude : « Kudiret-au, kudiret ! Et pour cela, louange à toi ! »

Dès lors, dit-on, Tengri commença à accorder deux ailes aux oisillons taukudiret.

En entendant cela, le joueur de dombra se perdit dans ses pensées.

« Si l'oiseau s'envole lorsque ses deux ailes se rejoignent, que se passerait-il si le dombra avait lui aussi deux cordes ? » se demanda-t-il. Il décida donc d'ajouter une seconde corde à son instrument. Lorsqu'il effleura le dombra à deux cordes, un son merveilleux s'en échappa, un son jamais entendu auparavant. La joie du joueur de dombra était immense. Et à cet instant précis, il dédia son premier kui au taukudiret. Dans cette mélodie, il évoquait sa mélancolie passée, et comment elle avait crié à Tengri : « Kudiret-au, kudiret », et la joie avec laquelle les deux oiseaux, appuyés l'un contre l'autre, s'étaient envolés vers le ciel.

Et en effet, à l'écoute de ce kui, on a parfois l'impression que le dombra lui-même répète : « Kudiret-au, kudiret… »