Il était une fois un célèbre chasseur nommé Sarzhan Tomanyshuly qui vivait sur les rives d'un grand fleuve. Son épouse s'appelait Aisulu. Un jour, Aisulu donna naissance à un fils. La joie des parents fut immense : ils réunirent tout le peuple, organisèrent un grand festin et nommèrent l'enfant Tolagai.
Le garçon grandit exceptionnellement fort. Il grandissait et mûrissait non pas de mois en mois, mais de jour en jour. À quatre ans, il était aussi fort qu'un véritable batyr. Et à sept ans, nul ne pouvait l'égaler. Il partait chasser avec son père et émerveillait tout le monde par son adresse au tir.
Mais une année, une pluie torrentielle s'abattit sur la région. Il ne plut plus, et la steppe s'assécha. L'herbe brûla, et le bétail commença à mourir. Les hommes aussi mouraient de soif. Un jour, Tolagai, voyant sa mère s'abriter de la chaleur dans une yourte, demanda :
« Mère, existe-t-il un pays où il pleut souvent et où les pâturages sont toujours verts ? » Alors sa mère se souvint d'un lieu merveilleux qu'elle avait vu dans sa jeunesse.
« Très loin, il y a de hautes montagnes qui touchent le ciel. Il y pleut souvent, l'herbe y est luxuriante et la nature merveilleuse. Ce pays s'appelle Tarbagatai », dit-elle, et elle en parla longuement.
À ces mots, Tolagai résolut, quel qu'en soit le prix, de trouver un moyen de sauver son peuple. Il entreprit un long voyage et atteignit enfin des montagnes dont les sommets enneigés touchaient le ciel. Parmi elles, il aperçut une montagne magnifique : son sommet était enveloppé de nuages, d'épaisses forêts bruissaient sur ses flancs et les oiseaux gazouillaient dans les branches. Tolagai embrassa la montagne, rassembla toutes ses forces, la souleva et, la portant sur son dos, la transporta vers sa terre natale.
Un jour, des gens virent au loin une immense montagne se diriger vers eux. En s'approchant, ils découvrirent que c'était Tolagai qui la portait.
À cet instant précis, le ciel se couvrit de nuages noirs, des éclairs zébrèrent le ciel. Le tonnerre gronda et la pluie tant attendue se mit à tomber. La foule, folle de joie, accourut pour accueillir le héros en criant : « Tolagai ! Tolagai ! » La steppe desséchée s’anima de nouveau, l’herbe reverdit. Les troupeaux mugirent et toute vie reprit vie. Mais le héros, épuisé, ne put plus s’échapper de la montagne. Il n’eut plus la force de prononcer plus d’un mot : « Maman ! » et demeura à jamais sous la montagne.
La mère, ayant perdu son fils héroïque, pleura amèrement. Le pays tout entier fut plongé dans le deuil. On raconte que même la montagne ne put supporter la douleur et que des ruisseaux, tels des larmes, commencèrent à couler de ses flancs. Depuis lors, cette montagne porte le nom de Tolagai.