
Le 23 avril marque la Journée nationale du livre et la Journée des bibliothécaires au Kazakhstan. Cette année, ces dates revêtent une signification particulière : pour la première fois, les deux événements sont associés au niveau national, soulignant ainsi non seulement le rôle symbolique des livres, mais aussi l’importance pratique des bibliothèques dans la vie culturelle et éducative contemporaine du pays.
Aujourd’hui, les bibliothèques ne sont plus perçues comme de simples lieux de stockage de livres. Elles deviennent des espaces publics ouverts où se rencontrent différentes générations, où des services numériques sont disponibles, où sont organisés des conférences, des clubs, des activités créatives, des marathons de lecture et des projets éducatifs. Face au développement rapide des technologies, les bibliothèques contribuent à maintenir l’intérêt pour la lecture, à rendre le savoir plus accessible et à relier la culture du livre traditionnelle aux nouveaux formats.
Qazaq Culture s’est entretenu avec Kumis Seitova, directrice de la Bibliothèque nationale universitaire de la République du Kazakhstan, sur l’évolution du système de bibliothèques kazakh, le profil des usagers actuels, les conditions de travail des bibliothécaires et l’avenir de la profession.
– Le 23 avril marque la Journée nationale du livre et la Journée des bibliothécaires au Kazakhstan. Pourquoi cette date est-elle importante pour le secteur culturel ?
La signification de cette date dépasse largement le cadre d'une simple fête professionnelle. Les livres et les bibliothèques ont toujours fait partie intégrante du patrimoine culturel de la société, mais ils acquièrent aujourd'hui une nouvelle importance pratique. La bibliothèque devient bien plus qu'un simple lieu de conservation des collections : une plateforme culturelle et éducative moderne où chacun peut lire, étudier, utiliser des ressources numériques, communiquer et se perfectionner.
En 2026, la Journée nationale du livre et la Journée des bibliothécaires seront combinées pour la première fois et célébrées le 23 avril à l'échelle nationale. Il s'agit d'un changement important, car il permet de considérer les livres, la lecture, le métier de bibliothécaire et le travail des bibliothécaires comme un système unifié. Plus de 1 500 événements sont prévus dans tout le pays dans le cadre de cette célébration. Parmi eux : des semaines du livre, des festivals, des rencontres créatives, des conférences, des ateliers, des concours, des marathons de lecture et la poursuite de projets nationaux, dont « Bir El – Bir Kitap ». L'objectif principal de ces initiatives est de rendre la lecture plus accessible, notamment aux enfants et aux jeunes, et de démontrer que la bibliothèque demeure un lieu dynamique et très demandé. Quelles sont les conditions actuellement mises en place pour le personnel des bibliothèques et de l'industrie du livre ? Les salaires ont-ils évolué ?
Le Kazakhstan met en œuvre des mesures constantes pour moderniser son système de bibliothèques. Cela comprend non seulement la rénovation des bâtiments et la mise à jour des collections, mais aussi la revalorisation du métier de bibliothécaire. Aujourd'hui, environ 10 000 bibliothécaires travaillent dans les bibliothèques publiques du pays. Ces spécialistes assurent la liaison entre les lecteurs, les livres, les ressources numériques et le milieu éducatif.
Une attention particulière est portée aux salaires. De 2022 à 2025, les salaires des bibliothécaires ont été indexés, avec une augmentation de 100 %. Les salaires dépendent du niveau d'études, de l'ancienneté, du poste occupé, du statut de la bibliothèque et d'autres facteurs, tels que le travail en zone rurale, dans des zones sinistrées ou à risque de radiation. Il convient également de noter que la Bibliothèque nationale de la République du Kazakhstan a obtenu le statut de « Nationale » en 2025. Ce statut a permis une augmentation de salaire de 75 % pour ses employés. De telles décisions sont importantes car le développement des bibliothèques est impossible sans le soutien des personnes qui travaillent quotidiennement avec les lecteurs. Combien de bibliothèques compte le Kazakhstan aujourd'hui et comment évolue leur fréquentation ? Observe-t-on un intérêt croissant pour la lecture ?
Au 1er janvier 2026, le Kazakhstan comptait plus de 12 000 bibliothèques, réparties en différents systèmes et départements. Parmi celles-ci, environ 4 000 sont des bibliothèques publiques intégrées au système culturel. Ce vaste réseau couvre les villes, les districts et les zones rurales.
Ces dernières années, la fréquentation a connu une progression positive. En 2025, le nombre de visites dans les bibliothèques publiques a dépassé 57 millions, soit 2 millions de plus qu'en 2024. Parallèlement, le nombre de prêts de livres a également augmenté de plus de 3,2 millions d'unités. Ces données démontrent que les bibliothèques gagnent en popularité. La Bibliothèque nationale universitaire en est un exemple éloquent. En 2010, elle comptait 20 500 lecteurs et 288 100 visites. Fin 2025, on recensait 57 000 lecteurs et 1,4 million de visites, y compris les utilisateurs à distance.
Cela témoigne d'un intérêt constant et croissant pour la lecture. Les lecteurs se tournent vers la littérature classique, la fiction, les classiques kazakhs, les publications éducatives et scientifiques, ainsi que vers des ouvrages de psychologie, de philosophie, d'informatique et d'autres domaines contemporains.
– Qui sont les principaux usagers de la bibliothèque aujourd'hui ? Le profil du public évolue-t-il ?
– Le profil des lecteurs évolue effectivement. Les jeunes sont aujourd'hui les plus actifs, représentant jusqu'à 51 % des usagers. Il s'agit d'écoliers, d'étudiants et de jeunes adultes âgés d'environ 17 à 25 ans. Pour eux, la bibliothèque devient souvent non seulement un lieu de lecture, mais aussi un espace d'étude, de développement personnel, de socialisation et de participation à des projets.
Parallèlement, le nombre de lecteurs de plus de 45 ans est en augmentation. Il s'agit principalement d'enseignants, de chercheurs, de scientifiques, de spécialistes de divers domaines et d'employés du gouvernement. Ils représentent environ 41 % du nombre total d'usagers. Cette structure démontre que les bibliothèques restent pertinentes pour différentes générations.
Aujourd'hui, les lecteurs privilégient de plus en plus un format hybride. Ils apprécient à la fois les livres papier et l'accès aux ressources électroniques, aux bases de données, aux catalogues numériques et aux événements éducatifs. Par conséquent, les bibliothèques s'adaptent à ces nouveaux besoins. Au cours des deux dernières années, plus de 70 bibliothèques publiques régionales ont été entièrement modernisées et se transforment en centres de coworking multifonctionnels.
– Quels formats modernes sont mis en place dans les bibliothèques pour attirer de nouveaux publics ?
– L'un des axes prioritaires a été le développement d'espaces multifonctionnels et de formats interactifs. Les bibliothèques s'efforcent de créer un environnement confortable et convivial où les usagers souhaitent non seulement emprunter un livre, mais aussi s'attarder, travailler, échanger et participer à un programme culturel ou éducatif.
Il existe déjà des exemples intéressants dans les régions. Dans la région de Karaganda, le format de coworking « Kids » a été mis en place pour les enfants et les adolescents. Dans la région de Pavlodar, le projet « Je suis illustrateur » permet aux enfants de créer des illustrations pour leurs livres préférés. Cela contribue à développer leur créativité et leur goût pour la lecture. Une attention particulière est portée aux formats théâtraux et ludiques. Le théâtre d'ombres pour enfants initie les jeunes lecteurs à la littérature par le biais des arts de la scène. Dans la région du Kazakhstan oriental, le projet social « Maisons de lecture » est mis en œuvre afin d'organiser des activités culturelles et intellectuelles pour les familles des nouveaux quartiers résidentiels.
Les formats en plein air sont également très appréciés. L'événement « Salle de lecture sur l'herbe », la campagne « Livre pour la route » et des animations dans les trains et sur les voies fluviales sont organisés chaque année. Le format « Bibliothèque ambulante » contribue à promouvoir le travail des poètes et écrivains locaux et à faire découvrir les sites emblématiques de la région.
Les horaires des bibliothèques évoluent également. Les bibliothèques centrales d'Almaty et d'Astana sont ouvertes jusqu'à 21h00, tandis que dans certaines régions, elles restent ouvertes jusqu'à 22h00 ou 23h00 en été. À Almaty, la Bibliothèque municipale des jeunes de Zhambyl et le Pôle créatif Alatau, une antenne de la Bibliothèque M. Auezov, sont ouverts 24h/24. De plus, 28 bornes libre-service ont été installées dans toute la ville et sont accessibles en permanence.
– À quel rythme progresse la numérisation des bibliothèques ? Quels services sont déjà disponibles pour les usagers ?
– La numérisation des bibliothèques n’est plus une simple tendance, mais une étape nécessaire de leur développement. Par ailleurs, 2026, à l’initiative du chef de l’État Kassym-Jomart Tokaïev, a été déclarée Année de la numérisation et de l’intelligence artificielle. Pour le secteur des bibliothèques, cela signifie une transition vers de nouveaux services, l’automatisation des processus et un accès élargi au savoir.
Aujourd’hui, les bibliothèques mettent en place des catalogues numériques, des bibliothèques électroniques, l’accès à distance aux bases de données, des services de référence virtuels, des chatbots, des applications mobiles et des outils d’IA. Tout cela crée un véritable écosystème de bibliothèques, où les usagers peuvent accéder aux services non seulement sur place, mais aussi à distance. L'un des projets prioritaires du ministère de la Culture et de l'Information est la Bibliothèque électronique nationale du Kazakhstan (KAZNEB), mise en œuvre au sein de la Bibliothèque universitaire nationale. Elle rassemble des ressources en texte intégral de contenu kazakh et donne accès à environ 85 000 documents numériques depuis le monde entier.
Un travail de numérisation des publications rares et précieuses est également en cours. Ceci est essentiel pour la préservation du patrimoine documentaire et l'élargissement de son accessibilité. Les développements futurs porteront sur l'enrichissement du contenu numérique, l'intégration des bibliothèques au sein d'un système unique et l'amélioration de l'ergonomie des services pour les usagers.
– Peut-on dire que les technologies modernes ne remplacent pas les livres, mais contribuent plutôt à raviver l'intérêt qu'on leur porte ?
– Oui, tout à fait. Les technologies modernes ne s'opposent pas aux livres ; elles en élargissent l'accès. Aujourd'hui, on peut venir à la bibliothèque pour emprunter un ouvrage papier, utiliser un catalogue en ligne, commander un document, obtenir une consultation en ligne ou explorer une version numérique d'un livre rare.
C'est particulièrement important pour la jeune génération. Elle est habituée aux services rapides, aux applications mobiles et aux environnements interactifs. Si la bibliothèque s'adresse aux lecteurs dans un langage qu'ils comprennent, utilise des outils numériques et préserve la valeur de la lecture en présentiel, leur intérêt ne fera que croître.
Ainsi, la mission d'une bibliothèque moderne n'est pas seulement de préserver ses collections, mais d'intégrer les livres à un environnement intellectuel contemporain. Lorsque des espaces de coworking, des amphithéâtres, des clubs, des laboratoires créatifs et des services numériques côtoient les rayonnages, la bibliothèque devient un lieu où l'on vient non par obligation, mais par intérêt.
– Comment voyez-vous l'évolution des bibliothèques au Kazakhstan au cours des 5 à 10 prochaines années ?
– Je pense que les bibliothèques continueront d'évoluer en se transformant de simples dépôts de livres en centres intellectuels multifonctionnels, ou bibliothèques intelligentes. Ces espaces conjugueront numérisation, accès au savoir mondial, cadre public convivial et échanges culturels dynamiques. Dans les années à venir, la modernisation des infrastructures, l'enrichissement des collections numériques, l'intégration des bibliothèques dans un système numérique unifié, le développement de l'intelligence artificielle dans les services de bibliothèque, la formation du personnel et la création de nouveaux formats pour les enfants, les jeunes, les chercheurs et les personnes âgées demeureront des axes prioritaires.
Malgré toutes ces évolutions technologiques, la mission fondamentale de la bibliothèque restera inchangée : permettre à chacun de lire, de réfléchir, d'apprendre, de s'épanouir et de se sentir connecté à la culture de son pays. En ce sens, la bibliothèque de demain n'est pas une alternative au livre, mais un nouvel espace pour sa vie.