
Le centenaire du Théâtre dramatique national kazakh Mukhtar Auezov marque une étape importante, témoignant de son influence sur le patrimoine culturel et le développement du théâtre kazakh. Cependant, le temps n'est pas le seul critère d'importance : l'héritage spirituel, transmis de génération en génération et reflet des traditions et de la culture kazakhes, joue un rôle essentiel. Le théâtre a ouvert ses portes en 1926 à Kyzylorda. Au cours de ce siècle, il a formé de nombreuses personnalités exceptionnelles et est devenu un représentant éminent de l'art kazakh sur la scène internationale.
La célébration de cet anniversaire n'est pas seulement une rétrospective des réalisations, mais aussi une perspective d'avenir, une réponse aux défis contemporains et la présentation de nouvelles idées créatives. À cette occasion, nous nous sommes entretenus avec le directeur du théâtre, Nurlan Zhanmukhambetov, Travailleur émérite du Kazakhstan, afin d'évoquer l'avenir du théâtre, sa mission et son orientation artistique. En l'honneur du centenaire du théâtre, quel est le message principal que vous souhaitez transmettre au public ?
Cent ans, ce n'est pas seulement un jalon temporel, mais toute une ère, gravée dans la mémoire culturelle du peuple. Cela représente le développement des explorations dramatiques et des écoles d'art dramatique du premier théâtre professionnel du Kazakhstan, la formation de son langage scénique et de sa vision artistique. C'est pourquoi nous percevons cet anniversaire non comme une célébration du passé, mais comme une étape importante où le théâtre repense consciemment son orientation esthétique, sa responsabilité créative et sa mission sociale. Face aux progrès technologiques du XXIe siècle et à l'évolution des consciences culturelles, notre principal objectif aujourd'hui est de maintenir un équilibre entre tradition et innovation.
Le rideau s'est levé sur le théâtre avec la production d'« Enlik-Kebek ». Comment ce début a-t-il continué à façonner l'esprit et l'orientation du théâtre jusqu'à aujourd'hui ?
Les fondations du théâtre ont été posées à Kyzylorda, et son premier rideau s'est levé avec la production d'« Enlik-Kebek ». Cet événement est devenu un moment historique marquant, définissant l'orientation spirituelle et esthétique du théâtre national. Bien que la première production ait été « Altyn Saqina » de Q. Kemengeruly, les spécialistes du théâtre considèrent aujourd'hui que le rideau s'est levé sur le théâtre professionnel kazakh avec la tragédie « Englik-Kebek » de M. Auezov.
Par son intégrité artistique et sa structure dramatique, « Englik-Kebek » a défini les orientations esthétiques du théâtre kazakh. Cette œuvre a permis une compréhension plus approfondie des questions de conscience sociale, de relations tribales, de liberté individuelle et de responsabilité morale, et a également défini la mission artistique du théâtre kazakh à un haut niveau. Mukhtar Auezov, directement impliqué dans le théâtre dès ses débuts, a travaillé au sein du département littéraire et dramatique et a contribué de manière significative à son développement. Sa contribution a élevé le niveau artistique du répertoire national et a influencé l'élaboration de la politique théâtrale. L'expérience créative d'Auezov a contribué à systématiser l'orientation idéologique et esthétique du théâtre kazakh. Ainsi, il est non seulement une figure historique, mais aussi un phénomène culturel majeur, ayant posé les fondements professionnels, artistiques et intellectuels du théâtre kazakh. Ainsi, la production d’« Englik-Kebek » est devenue le manifeste esthétique du théâtre.
– En retraçant l’histoire centenaire du théâtre, dans quels domaines ses réalisations les plus significatives se sont-elles manifestées ?
– Les réalisations du théâtre au cours de son histoire centenaire peuvent être divisées en plusieurs étapes clés. La plus importante, et de loin, est la formation du théâtre national et sa transformation en un système théâtral professionnel. Le théâtre a posé les fondements institutionnels du théâtre kazakh et a développé une expertise dans l’adaptation des textes littéraires à la scène. Ce processus a été renforcé par l’interprétation des acteurs et la mise en scène.
Par ailleurs, l’école d’art dramatique constitue un autre pilier essentiel du théâtre. Des traditions théâtrales ancrées dans une vision nationale du monde, ainsi qu’un système de scénographie, y ont été élaborés.
La politique de répertoire est également un aspect fondamental qui définit l’importance historique du théâtre. Tout en préservant son héritage classique, le théâtre s’engage activement dans le théâtre contemporain. Cet équilibre dans le répertoire témoigne de la stabilité esthétique du théâtre, de son audace artistique et de son engagement envers un développement continu. L'influence culturelle du théâtre découle naturellement de ces trois tendances. Il a impulsé le processus de découverte de l'identité nationale et influencé la conscience collective. Il a façonné le goût culturel et les normes artistiques, devenant une référence pour d'autres groupes créatifs.
– Comment avez-vous réussi à maintenir la continuité des traditions tout en intégrant les tendances modernes lors de la préparation du programme du centenaire ? Le centenaire du Théâtre dramatique national kazakh M. Auezov est un exemple éclatant du développement de l'art national. Tout en préservant sa mission spirituelle héritée du siècle dernier, le théâtre offre au public contemporain de nouvelles perspectives et des orientations créatives inédites.
La voie tracée par des figures exceptionnelles telles que Serke Kozhamkulov, Kalibek Kuanyshbayev, Yelubay Omirzakov, Kapan Badyrov, Kurmanbek Zhandarbekov, Isa Baizakov, Amre Kashaubayev et Kazhymukan Munaitpasov a posé les fondements du théâtre kazakh. C'est pourquoi nous organisons des événements à la hauteur de cet événement important pour célébrer le centenaire du théâtre kazakh. Cette saison, les œuvres classiques du théâtre ont été présentées dans de nouvelles mises en scène, et des tournées internationales ont permis à un public plus large de découvrir le potentiel créatif du Théâtre national. Un événement culturel majeur a été la représentation de gala de « Khasyrga Basqan Qadam », qui a eu lieu en novembre 2025 et est devenue un symbole éclatant du théâtre et de son centenaire.
Le 13 janvier, date anniversaire de la fondation du théâtre, s'est tenue une conférence scientifique et théorique internationale intitulée « Le centenaire du Théâtre national : Dәstүr, zhңaшылдық және көркемдік переформация ». Cet événement a constitué une importante plateforme scientifique pour analyser l'évolution spirituelle et esthétique du Théâtre national au cours de son siècle d'existence et pour débattre de son développement futur. Des chercheurs d'Ouzbékistan, d'Azerbaïdjan, du Kirghizistan et d'éminents spécialistes russes ont participé à la conférence. Quinze communications ont été présentées. Un recueil de ces communications est en cours de préparation et paraîtra prochainement. Par ailleurs, afin d'approfondir et de mieux faire connaître l'histoire du théâtre, ses figures emblématiques et les étapes de son développement, trois ouvrages importants sont en préparation et ont déjà été soumis à des éditeurs.
— Après la reconstruction du théâtre, comment la nouvelle scène et les équipements techniques modernes influenceront-ils le développement créatif ?
— Nous ne considérons pas cette reconstruction comme une simple rénovation du bâtiment. C'est l'occasion de créer une nouvelle logique créative interne pour le théâtre. Avant tout, elle offre une plus grande liberté dans l'utilisation de l'espace scénique. Le théâtre se transforme : d'un lieu de présentation de spectacles achevés, il devient un environnement créatif dynamique où les idées et les formes se développent simultanément.
De plus, l'interaction avec le public atteint un nouveau niveau. Les espaces publics deviennent un prolongement de la vie du théâtre, favorisant le dialogue culturel. Notre position est de préserver l'essence même du théâtre, en trouvant des moyens de l'intégrer naturellement à la société contemporaine par le biais du langage littéraire et théâtral. Nous ne rejetons pas les traditions, mais nous nous efforçons plutôt de les adapter aux modes de perception contemporains. Dans nos futures productions, nous veillerons tout particulièrement à ce que le rythme et la fluidité des textes classiques trouvent un écho auprès du public moderne.
La collaboration avec des équipes créatives interdisciplinaires, l'accompagnement de jeunes metteurs en scène et comédiens, et le soutien au théâtre kazakh contemporain sont des axes prioritaires pour l'avenir.
– Quels sont les axes prioritaires du théâtre pour les années à venir ?
– Aujourd'hui, l'objectif principal du théâtre est d'offrir un temps de réflexion et un espace de sens dans une société en pleine mutation. À l'avenir, le répertoire du théâtre se concentrera sur les thèmes les plus pertinents, tels que la solitude, le choix, la responsabilité, la mémoire historique et les relations personnelles, mais sans sensationnalisme ni surenchère. Nous cherchons non pas à surprendre le public, mais à proposer des productions qui suscitent une profonde réflexion.
Le deuxième axe important est le renforcement de la discipline et de l'éthique professionnelle au sein du théâtre. Le théâtre doit devenir non pas un projet éphémère pour chaque acteur et metteur en scène, mais un environnement créatif stable. C'est pourquoi nous revenons à une planification à long terme, au principe de l'ensemble et à la continuité du répertoire.
Les portes du théâtre doivent également rester toujours ouvertes. Le lien avec la communauté ne doit pas se limiter à la simple vente de billets ; nous voulons faire du théâtre un élément dynamique de la vie citadine grâce à des répétitions ouvertes, des rencontres créatives et des échanges en coulisses.
Outre la mise en lumière de questions sociales et historiques sur scène, le théâtre ambitionne de devenir une plateforme essentielle d'échange d'opinions à travers des forums, des tables rondes et des débats ouverts. Sur le plan des relations internationales, nous nous efforçons de maintenir un dialogue d'égal à égal avec les autres cultures, tout en préservant notre singularité. Le second siècle du théâtre sera une période de confiance et de développement solide.