Des classiques au macramé : l’histoire de la marque Aya Anarbek : l’art de la création de calottes

Des classiques au macramé : l’histoire de la marque Aya Anarbek : l’art de la création de calottes

La « taqiya » est l'une des coiffes traditionnelles du peuple kazakh. Ces calottes sont confectionnées dans des tissus tels que le satin, la draperie ou le velours, et ornées de broderies et de surpiqûres décoratives. La taqiya avait de multiples usages dans la culture kazakhe. Les hommes, en particulier, devaient la porter sous leur coiffe principale. L'univers des calottes kazakhes actuelles impressionne par sa diversité. Ayaulym Mukhametkarimova, fondatrice de la marque « Aya Anarbek », nous a éclairés sur les subtilités de leur fabrication. Alliant tradition et modernité, Ayaulym crée des pièces uniques et originales, insufflant ainsi une nouvelle vie à l'art national.

– Ayaulym Anarbekkyzy, comment l'artisanat est-il entré dans votre vie ?

– Depuis mon enfance, je suis passionnée par le beau. Cependant, mon parcours d'artisane a véritablement commencé en 2016-2017, lorsque je me suis plongée dans l'univers de la couture et de la joaillerie. Le macramé a été une véritable révélation. C’est à travers le tissage que j’ai découvert une vérité surprenante : la créativité est indissociable des mathématiques. Tout motif est avant tout un calcul précis et des proportions harmonieuses. Une seule erreur peut ruiner toute l’idée, car la vie elle-même est fondamentalement soumise aux lois de l’équilibre.

Ma famille a joué un rôle primordial dans mon développement. Ma mère, elle-même créative, m’a transmis l’amour de la création. Ma marque est née d’une expérience : en 2023, j’ai créé une collection de bonnets en mousseline peints à la main, qui a rencontré un vif succès auprès du public. Pour compléter le look, j’ai décidé de créer une coiffe unique. Ne souhaitant pas copier les classiques, je me suis tournée vers ma passion de toujours : le macramé. Me souvenant des techniques acquises en 2018, j’ai tissé mon premier bonnet original. En 2025, j’ai également maîtrisé le crochet et le tricot de bonnets. Je peux affirmer avec certitude que mon travail dans ce domaine est entièrement original. Aujourd'hui, je crée non seulement des « saukeles », des calottes et des chapeaux uniques, mais je transmets aussi mon savoir-faire à mes élèves. Voir mes créations sur les podiums et constater le succès de mes élèves est ma plus grande récompense.

– Que pouvez-vous dire de la place de la calotte dans l'histoire et la culture du peuple kazakh ?

– La calotte occupe une place particulière dans l'histoire kazakhe, en tant qu'élément important du costume national. C'est un héritage partagé non seulement par notre peuple, mais aussi par tous les peuples turcophones en général. Dans l'Antiquité, la taqiyya avait avant tout une fonction pratique : elle protégeait du soleil et du froid, et servait également de cagoule ou de doublure pour les lourds chapeaux de fourrure.

Parallèlement, la croyance populaire « töbeң ašyқ bolmasyn » (littéralement, « être une calotte ») s'est ancrée. Selon cette croyance, la taqiyya était considérée comme une sorte de bouclier spirituel, protégeant du mauvais œil et des énergies négatives. La forme de la calotte ressemble à un dôme. Dans la vision du monde tengriste, elle personnifiait le ciel et symbolisait le lien spirituel entre l'individu et le tengrisme.

La signification sociale de la taqiyya déterminait la position sociale, l'âge et le statut d'une personne. On pouvait facilement identifier son porteur à l'apparence et à la décoration de sa coiffe. Par exemple, les calottes des jeunes filles étaient richement décorées, tandis que celles des personnes plus âgées étaient simples et sobres. Sur le plan éducatif, le port de la taqiyya inculquait la décence, la propreté et le respect des traditions nationales. C'est pourquoi nos grands-mères nous répétaient sans cesse : « Ne retire pas ta calotte », nous inculquant ainsi le respect de cet objet sacré dès notre plus jeune âge.

– Pouvez-vous nous parler des différents types de calottes ?

– Dans la culture kazakhe, les calottes sont classées selon l'âge et le sexe. Les calottes masculines sont généralement simples et de couleur sombre : noires, bleues ou vertes. Les hommes les portaient au quotidien et comme cagoules sous d'autres couvre-chefs.

Les calottes féminines, notamment celles destinées aux jeunes filles, se distinguent par leur élégance. Elles sont confectionnées dans des tissus aux couleurs vives et attrayantes et richement ornées de perles, de broderies et de fils d'or et d'argent.

Les calottes pour enfants sont petites, légères et faites de tissus doux. Elles sont généralement décorées de motifs colorés et posées sur la tête de l'enfant avec le vœu suivant : « Que le bébé soit protégé du mauvais œil et qu'il grandisse en bonne santé. »

Selon les archives historiques, chaque région du Kazakhstan possède son propre modèle de calotte. À l'est, les calottes sont compactes et sobres ; les motifs géométriques stricts et les couleurs sobres prédominent. Au nord du Kazakhstan, le minimalisme est de mise, avec une utilisation plus fréquente de tissus sombres. Au sud, les taqiyas sont généralement de couleurs vives, ornées de broderies fines et délicates. Les motifs représentent principalement des fleurs et des plantes, soulignant l'attrait décoratif de la calotte. Dans les régions occidentales, les calottes sont plus grandes, avec des motifs clairs et expressifs. Des galons de fil d'or ou d'argent sont souvent utilisés, leur conférant une allure particulière et formelle. Malgré les différences régionales, un point demeure commun à toutes les régions : la « taqiya » est bien plus qu'une simple coiffe, c'est un symbole d'identité nationale, incarnant le décorum et la haute culture.

– Combien de temps faut-il pour confectionner une calotte ?

– J'utilise un fil de macramé spécial et des fils de coton naturel. Actuellement, je crée des calottes selon trois techniques : le macramé, le crochet ou le tricot, ainsi que des pièces exclusives combinant les deux.

La densité et l'épaisseur de la calotte dépendent directement du type et de la texture du fil choisi. Il faut environ un à deux jours pour réaliser une taqiya. Durant ce temps, je porte une attention particulière à chaque détail.

Dans mes créations, je privilégie les motifs géométriques et floraux. Les motifs géométriques incarnent l'équilibre et la structure même de l'univers : les lignes droites et les cercles symbolisent la stabilité et l'harmonie. Les motifs végétaux soulignent un lien étroit avec la nature. Les images de fleurs, de feuilles et de jeunes pousses symbolisent la continuité de la vie, le renouveau et l'abondance. Globalement, l'association de ces deux types d'ornementation reflète l'harmonie de l'homme avec le monde qui l'entoure et la pureté spirituelle.

– Comment la place de la taqiyya dans l'industrie de la mode a-t-elle évolué ces dernières années ?

– Nous constatons actuellement un regain d'intérêt marqué pour les calottes chez les jeunes. On peut affirmer sans risque de se tromper que la demande a considérablement augmenté par rapport aux années précédentes. Aujourd'hui, il est essentiel d'allier design moderne et canons traditionnels, car les vêtements d'inspiration ethnique s'intègrent pleinement à la mode contemporaine.

Cette tendance suscite également un vif intérêt auprès du public international. Notre style ethnique est apprécié pour son originalité et sa profonde signification. Le fait que nous réinterprétions les motifs, les adaptions à la mode contemporaine et les présentions sous de nouvelles formes témoigne de la vitalité de notre art.

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28.04.2026