Berik Alibay sur l'art joaillier kazakh : traditions, culture du port de bijoux et le livre « Zerger »

Berik Alibay sur l'art joaillier kazakh : traditions, culture du port de bijoux et le livre « Zerger »

La joaillerie est l'une des branches les plus anciennes de la culture traditionnelle, remontant à l'époque nomade. Les bijoux n'étaient pas seulement créés comme éléments décoratifs, mais aussi comme un langage particulier permettant aux peuples de transmettre leur histoire, leur vision du monde et leurs valeurs spirituelles. Dans chaque pièce, l'artisan préservait la mémoire culturelle, le goût artistique et l'identité nationale. En ce sens, la tradition joaillière kazakhe possède une expressivité unique : ses motifs et ses symboles reflètent la sagesse des générations et la philosophie de vie des peuples des steppes.

Berik Alibay est l'un de ces artisans qui se consacre à la joaillerie depuis plus de quarante ans. Nous avons visité son atelier pour discuter des caractéristiques uniques de cet art et de la manière dont la culture du port des bijoux traditionnels se perpétue aujourd'hui. Au cours de notre conversation, l'artisan a partagé son parcours professionnel, évoqué les pièces rares de son musée et son livre « Zerger », qui révèlent la richesse de la tradition artistique kazakhe et sa continuité à travers les âges.

— Comment êtes-vous venu à la joaillerie ? Est-ce la continuation d'une tradition familiale ou un choix personnel ?

— La famille a certainement joué un rôle déterminant. Mon grand-père était bijoutier et, dès mon plus jeune âge, je passais du temps dans son atelier, parmi les outils et les ébauches de métal. On pourrait dire que j'ai grandi dans une atmosphère artisanale. Pourtant, enfant, je rêvais de devenir artiste, pas bijoutier. Après le lycée, je me suis inscrit dans une école d'art à Almaty : j'ai d'abord suivi une année préparatoire, puis, en retentant ma chance, j'ai découvert la filière « travail artistique des métaux ». Les professeurs ont remarqué mes aptitudes et m'ont recommandé cette spécialisation.

Peut-être ces souvenirs d'enfance – l'odeur de l'atelier, mon grand-père au travail – sont-ils restés gravés dans ma mémoire et ont-ils influencé mon choix. Depuis, je me consacre entièrement à la création de bijoux. Je m'y suis mis sérieusement à vingt ans et, aujourd'hui, j'en ai plus de soixante. Ma vie est liée à cet art depuis près de quarante ans. Durant tout ce temps, j'ai pris conscience de la noblesse de l'art joaillier kazakh, de sa sophistication et de sa profondeur.

– Quelles sont les caractéristiques distinctives de l'art joaillier kazakh ? Je peux affirmer avec confiance et fierté que, parmi les exemples mondiaux d'art décoratif et appliqué, la tradition joaillière kazakhe occupe une place de premier plan, tant par son expressivité artistique que par la richesse de ses ornements et la profondeur de son symbolisme. J'ai participé à de nombreuses expositions et festivals d'artisanat à travers le monde. Nous revenons presque toujours avec des prix : l'art kazakh suscite invariablement l'intérêt et la reconnaissance.

Son secret réside dans son unicité. Derrière chaque motif se cache l'histoire, la vision du monde et l'expérience spirituelle du peuple. Lorsqu'on explique la signification des ornements, les spectateurs commencent à percevoir les pièces différemment, avec respect et une sincère admiration pour le patrimoine culturel de notre peuple. Grâce aux bijoux, nous avons pu nous affirmer au monde, et je suis certain que nous continuerons à le faire.

Que faut-il faire aujourd'hui, à l'ère de la mondialisation, pour préserver la culture du port des bijoux nationaux ?

Le monde est ouvert aujourd'hui : les réseaux sociaux nous permettent de voir et de copier des bijoux du monde entier. Nos artisans s'inspirent parfois aussi de modèles étrangers, par simple goût personnel. Cependant, à mon avis, cela comporte le risque de nous faire perdre progressivement notre identité culturelle. Après tout, les bijoux de chaque nation reflètent son histoire et son système de valeurs. Par exemple, le shekelik traditionnel est porté au temple et associé à un saukele ou une calotte. Or, les jeunes filles kazakhes ne portaient jamais de bijoux en métal sur le front. Le métal et l'argent étaient considérés comme des matériaux « froids », et nos ancêtres, soucieux de leur santé, recherchaient l'harmonie avec la nature.

Chaque bijou a sa place, son utilité et sa signification. Avant d'utiliser des bijoux traditionnels, il est important de comprendre leur histoire et les traditions liées à leur port. Nous ne devons pas diluer notre patrimoine culturel. La tradition kazakhe de porter des bijoux doit être préservée et faire partie intégrante de notre identité nationale.

La culture est un héritage transmis de génération en génération. Nous devons nous inspirer de l'exemple de nos mères et de nos grands-mères et chérir nos traditions. La véritable modernité ne réside pas dans l'abandon de notre héritage, mais dans notre capacité à l'apprécier et à l'adapter à notre époque. Autrefois, lorsqu'une fille était donnée en mariage, sa famille investissait le meilleur dans sa dot : saukele, ornements de cheveux (sholpy et shashbau), et même les harnais des chevaux étaient richement décorés. La jeune fille partait avec honneur et dignité. Si nous parvenons à préserver la signification de ces traditions et à les intégrer harmonieusement à la vie moderne, nous préserverons à la fois notre identité nationale et la culture du port de bijoux.

– La fabrication de bijoux exige patience et persévérance. Combien de temps faut-il, en moyenne, pour créer une pièce ?

– Si l'on prépare soi-même la pierre et que l'on réalise tout le travail soi-même, du début à la fin, le processus peut prendre jusqu'à un an. Lorsque l'on achète des pierres déjà taillées, le travail est évidemment plus rapide. Je taille moi-même certaines pierres locales – c'est un travail assez laborieux. Et je préfère acheter des matériaux particulièrement durs et difficiles à tailler déjà taillés.

Par conséquent, les délais varient toujours. Une bague peut être fabriquée en une journée, une autre en une heure, et une troisième peut nécessiter une année entière de travail. Tout dépend non seulement de la technique, mais aussi de l'état d'esprit du maître joaillier : son humeur et son inspiration. C'est pourquoi l'artisanat est si prisé à travers le monde. Le maître investit sa force, son énergie et ses ressources intérieures dans la pièce. Et la personne qui porte ensuite ce bijou ressent cette énergie chaleureuse et vivante. C'est pourquoi les pièces faites main ont toujours une valeur particulière.

– Comment est née l'idée du livre « Zerger » ? Quel est son objectif principal ?

– Ce livre est l'aboutissement de quarante années de parcours dans la création de bijoux. Il reflète tout : des souvenirs d'enfance et mes premiers pas dans le métier à mon évolution professionnelle et mes réalisations créatives. En un sens, c'est mon autobiographie. Mais plus que de simples souvenirs, c'est la chronique unique d'une vie indissociable de la création de bijoux.

Le livre présente des photographies d'archives et des informations sur les œuvres créées au fil des ans. Bien sûr, toutes les premières pièces n'ont pas été conservées : beaucoup ont été vendues, et les photographies de cette époque ont disparu. C'est pourquoi l'accent est mis sur les œuvres des dernières années, rassemblées dans une sorte d'album photo. D'une part, il s'agit d'un catalogue créatif, et d'autre part, d'un reflet de mon petit musée privé. Au fil des ans, j'ai constitué diverses collections, dont certaines pièces rares.

Je pense que ce livre intéressera les lecteurs car il retrace non seulement mon parcours personnel, mais aussi l'esprit de l'art joaillier kazakh, ses traditions et sa continuité.

L'objectif principal de cette publication est non seulement de présenter mon travail, mais aussi de partager la richesse de la culture kazakhe. J'ai destiné ce livre aux jeunes et l'ai offert à des bibliothèques. J'espère qu'après sa lecture, certains s'intéresseront à l'art joaillier et seront inspirés à s'engager dans cette voie.

– Quelles autres pièces précieuses et rares sont exposées dans votre musée ? Pouvez-vous nous en dire plus sur leurs caractéristiques et leur histoire ?

– Il s'agit d'une collection consacrée aux vêtements masculins. Elle comprend un kemer-belbeu, un asatayak, une masse d'armes, un poignard, un couteau et un aibalta. La particularité de ces objets réside dans la richesse de leur décor : ils sont incrustés de pierres précieuses – diamants, émeraudes et saphirs – et réalisés en argent doré.

L'asatayak est bien plus qu'un simple bâton symbolique. Il s'ouvre comme un coffret, révélant une carte du Kazakhstan où est inscrit le lieu de la découverte de l'Homme d'or. Cette image est l'un des symboles nationaux du pays, et sa composition revêt donc une signification particulière. Autrefois, lors de leur accession au trône, les khans tenaient l'asatayak en main pendant leur prestation de serment – ​​symbole d'autorité et de responsabilité.

Le kemer-belbeu occupait également une place de choix dans la culture. Il ne s'agissait pas d'un simple vêtement, mais d'un objet vénéré et prestigieux. On appréciait naturellement la force et la résilience. La ceinture était perçue comme bien plus qu'un vêtement : elle conférait une posture, une assurance et une discipline intérieure. Une personne portant une ceinture paraissait en forme, confiante et bien ancrée dans la réalité. Dans la culture traditionnelle, chaque objet avait une utilité pratique et, en même temps, véhiculait une signification profonde.

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04.03.2026