L'art traditionnel d'Orteke : un point de vue de Tolganai Khasen

L'art traditionnel d'Orteke : un point de vue de Tolganai Khasen

À l'ère du numérique, l'art traditionnel kazakh du dombra connaît un nouvel essor et touche un public plus large. Tolganai Khasen est une figure de proue de ce mouvement. Elle allie la sonorité familière du dombra à la modernité, contribuant ainsi à populariser cet art auprès d'un public plus vaste, notamment grâce à sa présence sur les réseaux sociaux. Musicienne, enseignante et artiste, Tolganai trace avec assurance un chemin entre tradition et modernité.

Née à Kostanaï, Tolganai vit et travaille actuellement à Almaty, où elle poursuit son activité artistique. Diplômée du Conservatoire national kazakh de Kurmangazy, elle est titulaire d'une maîtrise en arts. Tolganai se produit avec l'Orchestre de chambre d'État Ak Zhauyn de la Philharmonie régionale Suyunbai d'Almaty, dirigée artistiquement par le compositeur de kuishi Seken Turysbekov. Elle travaille également à l'Association du Musée d'Almaty, où elle partage sa connaissance approfondie de l'art national avec les jeunes générations. Les projets vidéo de Tolganay, dans lesquels elle présente l'art du dombra et de l'orteke sous un nouveau jour, ont cumulé des millions de vues et suscité un vif intérêt pour la musique traditionnelle auprès des jeunes. Nous avons rencontré cette artiste talentueuse pour parler du présent et de l'avenir de l'art national, du phénomène orteke et de son parcours créatif.

– Comment avez-vous découvert l'art de l'orteke ? Qu'est-ce qui vous a inspirée à choisir cette voie ?

– Lorsque j'enseignais le dombra à l'école, j'ai acheté une poupée orteke pour éveiller l'intérêt des élèves pour la musique traditionnelle. Les enfants étaient ravis. Ce fut ma première rencontre avec cet art.

Plus tard, j'ai été invitée à jouer pour les touristes au Musée des instruments de musique folkloriques d'Ykhlas. La poupée orteke, une pièce de musée précieuse, y a été utilisée. Lorsque j'ai publié la vidéo de cette performance sur TikTok, je n'aurais jamais imaginé un tel succès international. La vidéo a depuis été visionnée plus de 5 millions de fois et reste populaire sur les plateformes internationales. Aujourd'hui, l'art de l'orteke attire l'attention du monde entier. Je reçois des lettres d'un public international et des invitations à participer à des projets internationaux. Ces six derniers mois, j'ai participé à plusieurs événements nationaux et internationaux, en interprétant des orteke. Je crois que cela, aussi modeste soit-il, contribue à la popularisation de l'art national.

Par exemple, à Almaty, pour la Fête de la Ville, j'ai organisé des spectacles de rue rue Arbat, observant les réactions du public et menant des expérimentations créatives. C'est alors que j'ai constaté l'impact puissant de la danse orteke et du son du dombra, suscitant des émotions authentiques. À ce moment précis, j'ai été convaincu de la nécessité de professionnaliser cet art.

Mon dernier voyage à l'étranger m'a conduit au Festival international d'art et de musique Rasta – Old Doha Port, à Doha, capitale du Qatar. Ce fut un honneur pour moi d'y présenter l'art de l'orteke. L'art national kazakh a touché le cœur de milliers de spectateurs. Leurs émotions et leur attention étaient indescriptibles. La question qui revenait le plus souvent était : « De quel pays venez-vous ? » Le public a beaucoup apprécié mon art et ma présence scénique. C’est dans des moments comme celui-ci que j’ai compris que l’art ne connaît pas de frontières. J’ai également perçu une similitude spirituelle entre mon orteke et le majestueux oryx, symbole du Qatar. Ces deux images incarnent la liberté et un lien avec la puissance primordiale de la nature. C’est une manifestation éclatante d’harmonie culturelle et d’affinité spirituelle. Il semblait que le cerf gris dansant de la steppe kazakhe et l’antilope blanche sacrée de la péninsule arabique aient fusionné en une seule image.

Après de tels projets, mon désir de faire rayonner l’art national à l’international s’est encore renforcé.

– Comment percevez-vous l’harmonie entre le dombra et l’orteke ? Qu’y a-t-il de si unique dans cet art ?

– L’art de l’orteke peut être considéré comme l’une des premières animations musicales au monde. À l’ère du numérique, l’« animation » d’une simple poupée de bois au son du dombra ne peut laisser le public indifférent. Sa principale caractéristique est l’absence de tout artifice technique : l’image prend vie uniquement grâce au talent de l’interprète et au son de l’instrument traditionnel. Si le kuy est un art perçu par l'ouïe, l'orteke en est la représentation visuelle. Le spectateur n'entend pas seulement la musique, mais observe aussi comment elle se transforme en mouvement. C'est une forme d'art syncrétique à l'effet complexe sur la perception.

Dans la vision du monde kazakhe, le gardien des rochers symbolise la liberté, les hauteurs et l'élévation spirituelle. Le fait même que l'orteke « prenne vie » sur le dombra témoigne de la manière dont nos ancêtres intégraient la beauté de la nature dans leur espace quotidien et spirituel. Cet art transporte le spectateur dans un monde féerique : pour les enfants, c'est un jeu captivant, et pour les adultes, une occasion de profonde réflexion philosophique.

– Quels défis techniques et créatifs rencontrez-vous lorsque vous travaillez avec des marionnettes ?

– Pour le spectateur, cela peut apparaître comme un spectacle léger et gracieux. Cependant, pour l'interprète, l'orteke est une forme d'art complexe qui exige un grand professionnalisme. Manipuler une seule marionnette est un art à part entière, mais diriger trois ortekes simultanément revient à diriger un orchestre entier du bout des doigts.

Tous les kui ne conviennent pas aux ortekes. Le tempo, la précision rythmique et l'intuition de l'interprète sont essentiels. De plus, il est primordial d'exprimer pleinement sa présence scénique, d'allier talent artistique et charisme, et de captiver le public. Tout cela exige un effort considérable et une préparation intérieure constante. Le sens du spectacle et l'improvisation musicale jouent également un rôle important.

– Quelle préparation est nécessaire pour synchroniser précisément les mouvements des ortekes avec la mélodie de la dombra ?

– Tous les kui ne conviennent pas aux ortekes. Il faut des pièces dotées d'une structure rythmique claire qui révèle la danse des marionnettes. Par exemple, le kui folklorique « Salkuren » ou des improvisations au rythme similaire sont parfaitement adaptés à la nature des ortekes.

– Quel est votre avis sur l'intérêt des jeunes d'aujourd'hui pour l'art des ortekes ? Tout art, s'il est correctement promu et adapté aux exigences de son époque, trouve inévitablement son public. J'ai joué de l'orteke lors de divers concerts et dans des établissements scolaires. Par expérience, je peux affirmer que l'intérêt des jeunes pour cet art est vraiment très fort.

- Quelles sont les pièces qui vous inspirent particulièrement lorsque vous jouez avec l'orteke ?

- J'interprète le plus souvent la chanson « Kara Zhorga » et j'essaie d'improviser, en m'adaptant aux mouvements de l'orteke. Pendant ma prestation, il est important pour moi de ressentir l'ambiance et l'énergie de la salle.

- Avez-vous reçu des réactions ou des commentaires marquants de la part du public international ?

- J'ai reçu de nombreux messages sur les réseaux sociaux. Des spectateurs du Vietnam et du Qatar m'ont écrit qu'ils souhaitaient venir au Kazakhstan spécialement pour voir cet art en personne. Des photographes turcs ont également proposé de venir à Almaty pour réaliser une séance photo avec l'orteke. En général, j'entends souvent : « Nous voulons venir dans votre pays et voir votre art de nos propres yeux. » Quels sont vos projets et vos rêves pour l'avenir ?

Si j'en ai l'opportunité et le soutien nécessaires, j'aimerais voyager dans de nombreux pays avec ma dombra et mon orteke et participer à des projets culturels et des concerts. Je prévois également de m'engager dans des initiatives publiques visant à promouvoir l'art national. Je souhaite que les portes du monde continuent de s'ouvrir. L'euphorie créative que j'ai ressentie à mon retour du Qatar est encore présente.

1057
07.01.2026