
Le kobyz est un instrument unique, un élément essentiel du patrimoine musical et spirituel non seulement du peuple kazakh, mais aussi de l'ensemble du monde turcophone. Transmis à travers les siècles, ce précieux instrument préserve la mémoire nationale, la vision du monde et la culture musicale. Aujourd'hui, le kobyz est étudié non seulement pour ses aspects traditionnels, mais aussi dans une perspective de recherche scientifique, révélant de nouvelles facettes et de nouvelles possibilités.
Dans ce contexte, nous avons interviewé Maksat Medeubek, joueur de kobyz renommé, docteur en philosophie, professeur et soliste de l'Organisation nationale de concerts académiques « Concert kazakh ». Il dirige le projet « QOBYZ SOUL – DASTUR », qui vise à populariser le kobyz non seulement comme patrimoine national du Kazakhstan, mais aussi comme instrument ancien commun à l'ensemble du monde turcophone.
Ce projet représente un mélange unique de tradition et de modernité. Le concert met en valeur des mélodies anciennes et présente l'histoire du kobyz, ses différentes formes et ses techniques d'interprétation à travers diverses cultures. Notre entretien a porté sur l'histoire et l'actualité du kobyz, les idées et les objectifs du projet « QOBYZ SOUL – DASTUR », ainsi que sur le point de rencontre entre l'art et la science.
— « Quelle est l'idée derrière le projet “QOBYZ SOUL – DASTUR” ? »
— Le kobyz n'est pas un instrument exclusivement kazakh, mais un héritage musical ancestral de tout le monde turc. Les Kirghizes l'appellent « qyl qiyaq ». Des instruments similaires étaient également utilisés par les Tatars, les Nogaïs, les Bachkirs et les Tatars de Crimée. Les noms peuvent légèrement différer, mais les méthodes de jeu et les techniques d'interprétation de base sont similaires.
Le concert « QOBYZ SOUL – DASTUR » est unique à cet égard. Habituellement, lorsqu'on parle de kobyz, on pense aux kuis traditionnels ou parfois à des reprises modernes. L'idée principale de ce projet est de présenter le kobyz non seulement comme un instrument kazakh, mais aussi comme un instrument commun à tout le monde turc. Le concert illustre clairement les styles d'interprétation de différents peuples. Par exemple, dans la tradition kazakhe, les cordes sont pressées avec les ongles, tandis que dans d'autres cultures, elles sont pincées par le haut, à la manière du dombra. De plus, la forme du kobyz, sa structure mélodique et sa technique d'interprétation présentent des caractéristiques propres à chaque culture. Ce concert mettra également en lumière des kobyz et des matériaux uniques découverts lors de notre thèse de doctorat et de nos recherches scientifiques.
– La riche histoire du kobyz, ses origines et ses qualités artistiques sont souvent évoquées. Comment les transmettez-vous au public sur scène, non pas par une conférence, mais par le langage de la musique ?
– Le programme du concert propose des mélodies remontant à l'Antiquité. De plus, des kobyz issus des traditions de plusieurs peuples turcophones, notamment tatars et ouzbeks, seront interprétés pour la première fois. Auparavant, ces œuvres n'étaient conservées que sous forme de partitions dans des livres et des ouvrages savants. Certaines d'entre elles, en particulier les kobyz tatars, constituent de précieux artefacts conservés dans les archives du Tatarstan. Nous avons réexaminé ces enregistrements anciens, les avons transcrits et adaptés aux spécificités du kobyz, les présentant aujourd'hui au public sous une forme renouvelée. Ainsi, des mélodies préservées à travers les siècles renaissent et résonnent sur scène avec leur sonorité chaleureuse et vibrante.
– Le projet « QOBYZ SOUL – DASTUR » est souvent décrit comme un lieu de rencontre entre tradition et modernité. Comment définissez-vous l'innovation dans ce projet ?
– Nous pouvons révéler la riche histoire du kobyz en démontrant sa polyvalence et la diversité de ses formes. En présentant sur scène des instruments des peuples turcophones, en expliquant leurs caractéristiques de jeu et en interprétant des kuis dans les styles de différents pays, nous illustrons de manière vivante au public toute la richesse de l'art du kobyz.
Un épisode spécial du programme de concerts sera « kobyzdar sherui ». Ce spectacle intimiste mettra en vedette des musiciens de l'ensemble « Gulder ». Le patrimoine musical des peuples turcophones sera présenté au public. Le kobyz et les instruments apparentés de différentes nations seront présentés comme une sorte de « musée vivant ». Les plus beaux et impressionnants exemples de kobyz kazakhs seront également exposés.
Aujourd'hui, l'art du kobyz se développe particulièrement vite au Kazakhstan, et le nombre d'artisans qui fabriquent ces instruments a considérablement augmenté. Chaque artisan crée le kobyz dans son propre style, avec une approche unique, conférant ainsi à cet art une nouvelle dimension. Les plus belles créations de ces artisans seront présentées au public lors du concert.
L'une des pièces maîtresses de ce « spectacle de kobyz » sera un ancien kobyz d'origine inconnue (baqsy) provenant du village de Jansugir, dans la région de Zhetysu. Cet instrument sacré sera également exposé au public. Le concert ne propose aucun arrangement : toutes les pièces sont interprétées dans leur forme traditionnelle pure, avec des kuys anciens et dans leur style original. Ainsi, tradition et innovation se conjuguent harmonieusement, et le son ancestral du kobyz parvient au public moderne sous une forme renouvelée. — Comment votre expérience d'enseignement a-t-elle contribué à l'élaboration du programme de ce concert ?
— Je suis actuellement maître de conférences et doctorant à l'Université nationale kazakhe des arts Kulyash Baiseitova d'Astana. Je suis également soliste au Centre national des arts folkloriques « Khalyk Kazynasy », sous l'égide de l'Organisation nationale de concerts académiques Roza Baglanova « Concert kazakh ».
Je crois que le fondement de mon expérience d'enseignement et d'interprétation réside avant tout dans le choix du répertoire. Depuis notre plus jeune âge, nous avons appris de nos mentors à organiser des concerts, à construire un programme de manière systématique, à respecter les règles de bienséance scénique et à présenter les œuvres de façon à marquer les esprits. En effet, le succès d'un concert repose avant tout sur la qualité du répertoire choisi. En tant que professionnels, nous ne nous contentons pas de jouer du kuis ; nous sélectionnons des œuvres complexes et les présentons après une préparation approfondie.
La maîtrise des spécificités des autres instruments traditionnels a considérablement enrichi notre expérience d'enseignement. Cela nous a permis non seulement d'améliorer nos compétences d'interprétation, mais aussi de faire progresser nos recherches.
– Compte tenu de vos recherches scientifiques et de vos publications sur le kobyz, comment parvenez-vous à concilier recherche et interprétation ?
– Maintenir un équilibre entre interprétation et recherche est naturel pour moi. Je me consacre aux deux. Avant même d'entamer mon doctorat, j'étais profondément fasciné par les caractéristiques du kobyz kazakh. Même un kobyz simple présente une forme de table d'harmonie variée, des contours extérieurs divers et une sonorité riche et unique. Ce sont ces différences qui m'ont conduit à la recherche et ont stimulé ma démarche scientifique.
Au fil du temps, dès mon doctorat, j'ai élargi mes recherches et commencé à approfondir l'étude des instruments de musique des peuples turcophones. Cet intérêt ne s'est pas estompé et, au contraire, ne cesse de croître.
À l'avenir, je prévois de systématiser l'ensemble de ces recherches d'un point de vue scientifique et de les présenter à un public plus large. La publication annuelle d'articles, les articles dans des revues internationales et la participation à des conférences internationales font partie intégrante de mon développement professionnel. C'est extrêmement bénéfique car la recherche influence directement la pratique musicale et offre une nouvelle perspective sur le répertoire. À mon avis, c'est cette interrelation qui garantit un équilibre entre recherche et interprétation.
Les instruments de musique traditionnels du peuple kazakh constituent un trésor inestimable. La recherche, la renaissance et la large diffusion de ce patrimoine demeurent ma priorité absolue.
– Quel résultat souhaitez-vous obtenir une fois le projet terminé ?
– Nous nous consacrons à l'art et à la science depuis plus de vingt ans. Durant cette période, nous avons étudié et popularisé le kobyz et les instruments de musique traditionnels kazakhs. L'avenir de cet instrument sacré est primordial pour nous, et nous avons des objectifs clairement définis.
La plupart des gens perçoivent le kobyz comme un instrument chamanique, un attribut rituel, ou simplement un instrument pour jouer des kuys. On entend parfois dire qu'il est « purement kazakh », qu'il nous appartient exclusivement. Bien sûr, cela nous fait plaisir, et nous en sommes reconnaissants. Le kobyz est véritablement un trésor national kazakh. Mais nous souhaitons montrer que ses racines sont bien plus profondes et que son histoire est intimement liée à la vision du monde turque.
Le projet « QOBYZ SOUL – DASTUR » a pour but de présenter un concert de kobyz sous forme de conférence-débat. Le répertoire, aussi diversifié que possible, se compose d'œuvres significatives. Nous espérons que les auditeurs acquerront une compréhension claire du kobyz, seront inspirés par la musique et auront envie d'explorer davantage cet instrument. S'ils parviennent à percevoir les points communs et les différences entre les kobyz pratiqués par différents peuples, à ressentir leurs mélodies à travers la musique et à éprouver une véritable joie spirituelle, ce sera pour nous le plus grand accomplissement.