Le potentiel du tourisme à travers les sites culturels : un nouveau vecteur de développement pour le musée-réserve d'Esik

Le potentiel du tourisme à travers les sites culturels : un nouveau vecteur de développement pour le musée-réserve d'Esik

Ces dernières années, le tourisme a dépassé le simple cadre des loisirs pour devenir un secteur stratégique influençant le développement du pays. Face à une concurrence accrue sur le marché mondial du tourisme, les lieux offrant une meilleure compréhension de l'histoire, de l'identité nationale et du patrimoine culturel acquièrent une valeur particulière. Les musées-réserves jouent un rôle de plus en plus important dans ce système.

Le Musée-Réserve historique et culturelle d'État d'Esik, musée d'importance nationale, en est un exemple. Nous nous sommes entretenus avec son directeur par intérim, Dosym Zikiria, au sujet de ses nouvelles priorités, du développement de son offre touristique et de ses principaux objectifs.

– Le tourisme se situe au carrefour de l'économie, de la culture et de la sécurité. Quel rôle les musées-réserves doivent-ils jouer dans ce système ?

– Le tourisme ne génère pas de profits immédiats : son impact se fait souvent sentir sur le long terme. C'est pourquoi la mission principale des musées-réserves demeure inchangée : préserver et protéger les sites du patrimoine historique et culturel tout en développant la recherche scientifique, les programmes éducatifs et les services touristiques. Le pays compte aujourd'hui 12 musées-réserves nationaux, dont beaucoup sont situés loin des infrastructures développées et des grands nœuds de transport. Il est important de les considérer non seulement comme des lieux culturels, mais aussi comme un outil de renforcement du potentiel socio-économique des régions. Une présentation efficace du patrimoine, intégrée à l'offre touristique – grâce à des formats attrayants, des parcours informatifs et des programmes variés – contribue à accroître le nombre de visiteurs et apporte une contribution tangible au développement économique local, notamment en augmentant les recettes budgétaires.

— Qu'est-ce qui rend le musée-réserve d'Esik unique ? Qu'est-ce qui le rend attractif pour les touristes ?

— Le musée-réserve d'Esik est situé dans la zone où l'« Homme d'or » a été découvert en 1970, sur le site d'un panthéon historique caractérisé par une concentration de tumulus funéraires Saka-Wusun. Il comprend des monuments allant du Paléolithique au Moyen Âge : le site de Rakhat et le site médiéval de Talgar. Le musée-réserve réunit ainsi en un seul lieu le patrimoine du sud-est du Zhetysu, de l'âge de pierre et de la période Saka-Wusun à l'époque du Khaganat turc et de la Route de la Soie. Aujourd'hui, nous menons des recherches scientifiques et archéologiques dans la région d'Almaty et la province de Zhetysu, et nous poursuivons la mise en œuvre du plan que nous avons établi en 2011 : faire du musée-réserve un centre de recherche scientifique.

— Quels sont les sites de la réserve qui intéressent le plus les visiteurs ? Qu'est-ce qui attire davantage les touristes étrangers que les Kazakhs ?

— L'« Homme d'or » et le patrimoine de la période Saka-Wusun sont les principaux attraits du musée-réserve d'Esik. Les visiteurs, kazakhs comme internationaux, cherchent avant tout à en apprendre davantage sur ces sujets. Les visiteurs turcs s'intéressent particulièrement à l'« Homme d'or », ainsi qu'aux artefacts et aux informations relatifs aux périodes Saka-Wusun et turque. Les visiteurs chinois et coréens s'intéressent souvent à la Route de la Soie. Pour les chercheurs, kazakhs et étrangers, les documents les plus pertinents portent sur l'âge du bronze et le début de l'âge du fer, l'histoire du Kazakhstan médiéval, ainsi que les découvertes archéologiques et les villes du sud-est du Zhetysu. Les activités pédagogiques, notamment les jeux-questionnaires destinés aux écoliers et aux étudiants, rencontrent également un vif succès. Les conditions favorables à l'écotourisme dans la région garantissent un flux constant de groupes de touristes et d'établissements scolaires.

– Aujourd'hui, on parle beaucoup de la transition du tourisme de masse vers un tourisme culturel et éducatif. Quels formats, selon vous, faudrait-il développer pour répondre à cette demande ?

– Dans le contexte actuel, les musées-réserves deviennent non seulement des espaces culturels, mais aussi des centres éducatifs et pédagogiques complets. Dans ce cadre, le musée-réserve d'Esik a établi un partenariat durable avec des organismes éducatifs d'Almaty et de sa région, en organisant des programmes et des événements spécifiques pour les enfants et les adolescents. Nous tirons également pleinement parti des technologies numériques pour développer des visites interactives, des conférences thématiques en ligne et des contenus pédagogiques. Ces approches permettent de rendre la connaissance du patrimoine historique et culturel accessible non seulement à l'échelle régionale, mais aussi à l'ensemble des citoyens du pays.

– Un produit touristique ne peut exister sans personnel qualifié. De quels types de spécialistes le musée-réserve a-t-il principalement besoin aujourd'hui ?

– Afin de répondre systématiquement à la problématique du personnel, nous organisons des stages étudiants au musée-réserve dans le cadre de conventions avec plusieurs universités d'Almaty et nous présentons régulièrement aux enseignants les spécificités de notre travail. Pour l'avenir, et plus précisément pour 2026, nous prévoyons de renforcer notre collaboration avec les grandes entreprises touristiques et les universités qui forment des spécialistes dans ce domaine. Cela nous permettra de professionnaliser l'offre touristique du musée-réserve et de consolider nos ressources humaines.

Par ailleurs, les spécialistes du marketing muséal, les responsables des relations publiques et le personnel maîtrisant l'intelligence artificielle et les technologies numériques sont particulièrement recherchés aujourd'hui. Dans quelle mesure est-il envisageable d'intégrer les musées-réserves aux grands itinéraires et pôles touristiques ?

C'est une question cruciale. Aujourd'hui, « Khazret Sultan » et « Ezhelgi Taraz Eskertkishteri » sont déjà des musées-réserves reconnus au sein de destinations touristiques majeures. Les régions d'Almaty et de Zhetisu sont considérées comme des destinations touristiques tout au long de l'année ; l'écotourisme y est particulièrement développé. Ces musées-réserves sont situés sur la route menant à des sites tels que Oykaragay, Akbulak, Maralsay, le lac Esik, Zhasylkol, les gorges de Turgen, le musée-réserve d'Esik, l'obalary d'Esik et le site médiéval de Talgar. Par conséquent, nous souhaitons développer ces itinéraires et intégrer pleinement le musée-réserve d'Esik au circuit touristique. Cette question sera abordée cette année avec le Département du tourisme de la région d'Almaty. Cela nécessite, en priorité, un accès internet haut débit, des infrastructures d'accueil adaptées et des aires de camping. Une fois le centre Sapar, actuellement en construction à proximité, opérationnel, il sera possible d'y aménager des espaces de coworking et d'organiser divers événements liés aux musées, à la recherche scientifique et au tourisme.

Par ailleurs, la mise en place d'une carte d'accès unique pour les musées-réserves pourrait dynamiser la promotion du patrimoine historique et culturel et accroître le nombre de visiteurs. Le projet turc Müze Kart en est un exemple.

– Quels seront les axes prioritaires du musée-réserve dans les années à venir ?

– Plusieurs projets importants se distinguent parmi les priorités. À l'initiative du ministère de la Culture et de l'Information, chaque musée a entamé l'élaboration d'un plan de développement. L'un des axes clés est la connexion à la plateforme internationale Google Arts & Culture. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de créer des contenus numériques de qualité, d'accroître la visibilité internationale et d'attirer les touristes étrangers ; c'est l'une de nos principales missions. Deuxièmement, il est important de renforcer l'attrait des expositions. La recherche et les activités pédagogiques, ainsi qu'un service de qualité pour les touristes, sont des indicateurs clés de la réputation d'un musée.

Troisièmement, nous accordons une importance particulière au développement des relations internationales. Cela nous permet non seulement de présenter notre patrimoine historique et culturel au monde entier, mais aussi de consolider les ressources humaines et de recherche du musée, et d'ouvrir de nouvelles perspectives d'échange.

– Selon vous, que faudrait-il changer au niveau des politiques publiques pour que les sites culturels exploitent pleinement leur potentiel touristique ?

– L'État soutient systématiquement le secteur culturel. D'après les données disponibles, 61 sites culturels ont été achevés en 2025 et 251 autres ont fait l'objet de rénovations. De 2022 à 2025, les salaires des employés du secteur ont été augmentés de 20 % par an et 75 travailleurs culturels ont perçu des allocations de l'État. Ce soutien se poursuivra.

Néanmoins, des problèmes restent à résoudre. Le Kazakhstan compte 12 réserves muséales nationales, toutes situées en région. Il arrive que les autorités locales accordent une attention insuffisante aux aspects pratiques – tels que les infrastructures, les services et l'intégration aux circuits touristiques – en invoquant le fait que le musée-réserve relève du ministère de la Culture et de l'Information.

En développant les musées-réserves, le ministère contribue à l'essor du potentiel culturel et touristique des régions. La prochaine étape consiste à instaurer une collaboration coordonnée avec les autorités locales et à leur apporter un soutien spécifique afin d'optimiser les résultats globaux, au bénéfice du pays.

– Si l'on considère le musée-réserve comme un « langage » par lequel le pays s'adresse au monde, que peut-il précisément révéler aux touristes étrangers aujourd'hui ?

– Si le musée-réserve est un « langage » de communication avec le monde, il peut démontrer aux touristes étrangers l'universalité de l'art et de la culture, prouvant ainsi que certains trésors se suffisent à eux-mêmes. À travers l'« Homme d'or » et les objets de cette époque, nous pouvons illustrer clairement le développement de la métallurgie antique, le travail du fer, l'utilisation de l'or comme matériau artistique et le haut niveau de l'artisanat joaillier. De plus, l'influence de la culture des steppes sur la civilisation mondiale se révèle à travers l'explication du rôle de la domestication précoce du cheval : équipement équestre, vêtements d'équitation confortables, armes adaptées à la guerre, boissons et pratiques médicinales liées à l'élevage équin, création d'une armée mobile, inventions telles que la roue de charrette, et autres innovations.

Ainsi, le musée-réserve permet aux touristes étrangers de comprendre que la culture humaine s'est enrichie par les influences réciproques, et que l'étude et la compréhension communes de ce patrimoine demeurent essentielles aujourd'hui.

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19.01.2026