
Aujourd'hui, le style ethnique kazakh dépasse de plus en plus les frontières des musées et du folklore. Il s'intègre à la culture visuelle contemporaine et se manifeste dans la décoration intérieure, la mode, le design, l'architecture et les objets du quotidien. Cet intérêt ne découle pas seulement d'une mode pour les motifs nationaux, mais aussi d'une démarche plus profonde : le désir de repenser ses propres racines, son langage symbolique et sa continuité spirituelle.
Pour l'artiste Kamazhai Konobaeva, basée à Astana, le style ethnique est devenu bien plus qu'un simple mouvement artistique : c'est un moyen de renouer avec une source d'inspiration intérieure. Son travail puise son inspiration dans ses souvenirs d'enfance et de famille, son respect pour l'artisanat traditionnel et son désir de transmettre l'identité kazakhe à travers un langage artistique contemporain.
Ses œuvres mettent en scène des shanyrak, des dombra, des tumars, des bijoux traditionnels, des ornements et des images de l'enfance, de la famille et du foyer. Ces symboles trouvent un écho particulier chez ceux qui vivent loin du Kazakhstan mais qui s'efforcent de maintenir un lien avec leur culture et de la transmettre à leurs enfants. Kamazhai Konobaeva s'est entretenue avec Qazaq Culture au sujet de son parcours créatif, de la signification du style ethnique, du langage ornemental kazakh et de l'avenir de l'art national.
— Kamazhai Kairovna, comment avez-vous débuté votre parcours artistique ? Qu'est-ce qui vous a inspirée à vous consacrer à la création ?
— J'ai grandi dans une famille de journalistes, où les mots, la réflexion et la capacité à percevoir le monde avec profondeur étaient valorisés. Il n'y avait pas d'artistes professionnels dans ma famille, mais la passion de la création m'animait depuis l'enfance.
Mes grands-mères ont eu une influence particulière sur moi. Véritables artisanes, elles tissaient des tapis, cousaient et confectionnaient d'autres objets artisanaux traditionnels. Elles mettaient tout leur cœur dans chaque pièce. Je crois que c'est de là que vient mon amour du beau, de l'artisanat et de la peinture.
Pour le peuple kazakh, l'art appliqué a toujours été bien plus qu'un simple ornement du quotidien. C'était un code spirituel, une forme de mémoire et de transmission entre les générations. Dans les œuvres des artisans populaires, je vois non seulement des objets, mais l'incarnation vivante de l'histoire, de la culture et du monde intérieur de notre peuple.
– Serait-il juste de dire que l'art est devenu pour vous plus qu'un simple passe-temps, mais un véritable mode de vie ?
– Je comprends maintenant que le dessin a toujours fait partie de moi. À l'école primaire, je ne lâchais presque jamais mes pinceaux ; au collège, je concevais les journaux muraux de l'école, participais à des concours, peignais les murs pour les fêtes et créais des décorations pour le Nouvel An.
Pourtant, je n'ai pas fait d'école d'art, je n'ai pas suivi de formation spécialisée. Au fond de moi, je rêvais de devenir designer, mais j'ai suivi une formation de traductrice et travaillé dans un bureau pendant de nombreuses années. C'était une vie ordinaire, rythmée par une routine bien établie.
L'année 2022 a été un tournant. À un moment donné, j'ai commencé à me poser plus souvent la question : que veux-je vraiment ? Quel est mon chemin ? J'ai alors eu envie de prendre un pinceau et de peindre un mur chez moi. Je crois que c'est à partir de ce moment que mon véritable parcours créatif a commencé. Les réactions de mes proches ont été une grande source d'inspiration. On me disait : « C'est magnifique ! » et « On ne savait pas que tu avais autant de talent. » Ces mots m'ont profondément touchée. Pour la première fois, j'ai senti que je pouvais apporter de la joie aux gens grâce à l'art. Au début, c'était simplement une passion, sans aucune ambition de devenir artiste professionnelle. Mais avec le temps, j'ai compris que c'était dans mon art que je trouvais la sincérité qui me manquait auparavant.
— Comment le style ethnique s'est-il développé dans votre travail ?
— J'ai commencé par peindre des fresques, puis je suis progressivement passée aux toiles. J'ai commencé à réaliser des peintures d'intérieur grand format, en expérimentant des techniques modernes : pâte texturée, feuille d'or, résine époxy. Plus tard, ces techniques m'ont permis de développer mon propre style ethnique.
Au fil du temps, j'ai constaté un intérêt croissant pour les peintures de style ethnique. Les gens souhaitaient voir des éléments de notre culture dans leurs œuvres : shanyrak, hirondelles, ornements, tumars et bijoux féminins. Ils demandaient souvent des thèmes comme la famille, la maternité, l'enfance et le foyer. Ainsi, peu à peu, les valeurs nationales ont commencé à émerger de plus en plus dans mes peintures.
Pour moi, ce n'était pas un choix artificiel. Le style ethnique s'est imposé naturellement – à travers les souvenirs, les images de l'enfance, le respect de la culture. Les enfants jouant à l'asyk, les bauyrsaks des grands-mères, la chaleur du foyer – tout cela prend vie sur la toile et trouve un écho chez les spectateurs.
– Vos œuvres sont demandées non seulement au Kazakhstan, mais aussi à l'étranger. Pourquoi pensez-vous que les motifs ethniques sont particulièrement importants pour les Kazakhs vivant à l'étranger ?
– Ces œuvres sont en effet souvent commandées par nos compatriotes expatriés. J'ai envoyé des toiles originales aux États-Unis et en Russie. Les images liées à la vie et à la culture nationales sont particulièrement appréciées : dombra, koumis, shanyrak, toumar et ornements. Je pense que pour les personnes vivant loin de leur patrie, ces peintures deviennent bien plus qu'une simple décoration intérieure. Elles constituent un lien avec le foyer, l'enfance, les souvenirs. Nombreux sont ceux qui aspirent à retrouver leur terre natale et souhaitent préserver leur culture dans un environnement différent. Il est particulièrement important qu'ils s'efforcent de transmettre ces valeurs à leurs enfants. Ces derniers grandissent dans un contexte culturel différent, et les parents souhaitent qu'ils conservent un lien vivant avec le Kazakhstan. À travers la peinture, le symbolisme et l'imagerie, nous pouvons transmettre la chaleur de notre enfance et le respect des traditions nationales.
– Aujourd'hui, le style ethnique se manifeste non seulement en peinture, mais aussi dans le design, la mode et la décoration intérieure. Comment évaluez-vous cet intérêt ?
– Je pense qu'il s'agit d'un processus très important. Aujourd'hui, le style ethnique s'exprime pleinement dans de nombreux domaines : de la décoration intérieure et extérieure aux vêtements, à l'architecture, aux textiles et même à la vaisselle. On pourrait parler d'un retour aux sources nationales.
Bien sûr, il y a parfois des critiques. Certains estiment que l'ornementation est trop superficielle ou décorative. Mais je crois que tout intérêt finit par mener à la qualité. Au début, on ne perçoit peut-être que la forme extérieure, mais ensuite on commence à explorer le sens, l'histoire et le symbolisme.
À travers le style ethnique, nous redécouvrons notre culture. Par exemple, chaque motif sur les vêtements traditionnels est bien plus qu'un simple ornement. Il renferme des vœux, des images et des significations spécifiques. Le motif « qazmoyyn », souvent présent sur les vêtements Uzatu, symbolise le souhait d'une vie heureuse et prospère au sein d'une nouvelle famille.
Je m'intéresse beaucoup à l'exploration de ces significations. Dans la culture kazakhe, aucun détail n'est laissé au hasard. La couleur possède également son propre langage. Par exemple, le rouge symbolise non seulement la richesse et l'abondance, mais aussi la jeunesse et la beauté. C'est pourquoi les tenues de fête des filles et des femmes étaient souvent ornées d'éléments rouges.
– Quels symboles apparaissent le plus fréquemment dans vos peintures originales ?
– Les symboles associés au foyer, à la protection, à la famille et à la mémoire apparaissent souvent dans mes œuvres. Il s'agit du shanyrak, du tumar, du dombra, des bijoux féminins, des ornements nationaux, des hirondelles et des images d'enfants.
Il est important pour moi qu'un symbole ne soit pas qu'un simple élément décoratif. Il doit transmettre une ambiance, une signification, une chaleur intérieure. Par exemple, le shanyrak n'est pas seulement un élément architectural d'une yourte, mais aussi une image du foyer, de la famille et de l'unité. Tumar est associé à la protection et à la bénédiction. Dombra est la voix du peuple, la musique de la mémoire, le lien entre les générations.
Les scènes de mon enfance me sont également chères. Elles ont une sincérité particulière. Lorsqu'on aperçoit une image familière dans un tableau – une partie d'asyk, un dastarkhan, un bauyrsak, la maison de grand-mère – des souvenirs personnels se réveillent instantanément. C'est ce qui donne vie à l'art ethnique.
— Pourquoi pensez-vous qu'il est important pour les gens d'aujourd'hui de renouer avec les symboles nationaux ?
— Nous vivons dans un monde trépidant, riche en informations, en influences culturelles diverses et en images. Dans un tel environnement, il est primordial de comprendre qui l'on est, d'où l'on vient et les valeurs qui sous-tendent sa culture. Le style ethnique permet non seulement d'embellir un espace, mais aussi de réintégrer la mémoire nationale dans le quotidien. Lorsqu'un motif apparaît dans un intérieur, sur un vêtement ou dans un tableau, il rappelle à chacun ses racines. Mais l'essentiel est d'en comprendre le sens, et non de se contenter de l'utiliser comme une simple forme esthétique. Je pense que cette prise de conscience culturelle se développe actuellement dans la société. Les gens commencent à se poser des questions : que signifie ce motif, pourquoi cette couleur a-t-elle été utilisée, quelle est la signification de telle ou telle image ? C'est un excellent signe. Cela signifie que l'intérêt pour la culture s'approfondit.
– Selon vous, quelle place l'art ethnique kazakh peut-il occuper sur la scène internationale ?
– Je suis convaincu que l'art kazakh recèle un immense potentiel. Aujourd'hui, notre culture connaît une importante renaissance. De nombreux jeunes artistes, illustrateurs, designers et artisans émergent, à la recherche d'un nouveau langage pour exprimer leur identité nationale.
À l'avenir, de grands noms de renommée mondiale pourraient émerger de ce milieu. Il pourrait s'agir d'une marque de bijoux, d'une maison de couture, d'une école d'art, d'un studio d'animation ou d'un projet créatif d'envergure qui rayonnera bien au-delà des frontières du Kazakhstan.
J'aime à penser qu'un jour, il y aura un « Walt Disney kazakh » – une personne ou une équipe capable de raconter nos histoires au monde entier à travers l'art, l'animation, le design et la culture visuelle. Mais tout commence par des choses simples : du papier, un crayon, le désir de créer et l'amour de ses racines.
– Qu'est-ce qui est le plus important pour vous dans la créativité aujourd'hui ?
– Pour moi, le plus important, c'est la sincérité. Une peinture ne doit pas seulement être belle, elle doit être vivante. Elle doit exprimer l'âme de l'artiste, son approche du sujet, sa quête intérieure.
Je continue d'apprendre, d'étudier le symbolisme, les traditions, le langage de l'ornementation et des couleurs. Plus on s'immerge dans une culture, plus on en comprend la richesse. Elle recèle tant de significations qu'un seul parcours créatif ne suffit pas toujours à les dévoiler pleinement.
Je crois que l'intérêt pour les styles ethniques ne fera que croître. Mais je souhaite qu'il se développe de manière réfléchie et consciente. Alors, notre art national pourra non seulement maintenir un lien avec le passé, mais aussi ouvrir de nouveaux horizons dans le monde moderne.