
Les vêtements traditionnels kazakhs sont bien plus que de simples vêtements ; ils constituent un patrimoine spirituel reflétant l’identité, la vision du monde et le goût esthétique de la nation. L’intérêt pour le design ethnique s’est accru ces dernières années, et les motifs nationaux trouvent un nouvel écho dans la mode contemporaine. À l’avant-garde de ce mouvement se trouve le créateur ethnique Tlek Sultan, qui a développé une passion pour les vêtements traditionnels dès son enfance et en a fait son métier, alliant tradition et innovation. Qazaq Culture s’est entretenu avec le créateur au sujet de sa découverte de l’art national, de ses principes créatifs et de ses projets d’avenir.
– Qu’est-ce qui vous a inspiré à vous lancer dans le design ethnique ? Comment est né votre intérêt pour l’art et le patrimoine culturel kazakhs ?
– Ma fascination pour les produits nationaux kazakhs remonte à loin. C’est une passion qui m’anime depuis l’enfance, une partie intégrante de mon univers. Très jeune, je me suis imaginé travailler dans ce domaine et j’ai développé un intérêt sincère pour l’exploration de toutes les facettes de l’art national. La principale raison qui m’a poussé à choisir cette voie est mon désir profond de promouvoir et de préserver le patrimoine national. Aujourd'hui, les styles vestimentaires sont diversifiés et reflètent une multitude de tendances, et de nouvelles tendances émergent constamment dans l'industrie de la mode. Mais les vêtements kazakhs demeurent uniques : ils allient une beauté inimitable, un style raffiné et un symbolisme profond. Chaque élément, chaque motif, porte sa propre signification. C'est pourquoi, dans la conception des vêtements traditionnels, je m'efforce d'étudier en profondeur les traditions, de les préserver dans chaque pièce, tout en les adaptant aux exigences modernes, démontrant ainsi la valeur de l'art national. Pour moi, il s'agit de bien plus qu'un simple artisanat. C'est un amour né du cœur, une manifestation d'histoire et de culture, un respect pour le peuple et une responsabilité envers le patrimoine national.
– Sur les réseaux sociaux, on peut voir comment vous faites revivre les vêtements et les ornements traditionnels dans un format contemporain. Quel est votre objectif ? Comment vous efforcez-vous de faire connaître l'art traditionnel kazakh à la société moderne ? Aujourd'hui, mon objectif principal est de transmettre au public l'histoire et la signification profondes des vêtements traditionnels de manière accessible et compréhensible. Pour moi, la couture est bien plus qu'un simple artisanat ; chaque pièce raconte sa propre histoire. C'est pourquoi, dans mes publications, j'accorde une attention particulière à la région d'origine du vêtement, à ceux qui l'ont porté et au contexte dans lequel il était utilisé. La plupart des gens ignorent ces détails, aussi est-il important, à mon sens, d'expliquer d'abord la signification et la valeur des vêtements traditionnels. Cela permet à chacun de se poser des questions telles que : « Quel vêtement me va bien ? Quel style reflète mon âge et ma personnalité ? » et constitue ainsi le premier pas vers un choix éclairé. Aujourd'hui, les vêtements traditionnels s'intègrent pleinement dans la vie quotidienne et sont portés couramment. Nous soutenons non seulement cette tendance, mais nous nous efforçons également de populariser leur contenu culturel et leur valeur spirituelle auprès d'un public plus large.
« Quelles sont vos sources historiques ou ethnographiques pour la création de vêtements traditionnels ? »
« Je me tourne avant tout vers les collections des musées. J'essaie de visiter attentivement chaque musée et d'étudier les expositions. » Les musées de district, voire de village, à travers tout le Kazakhstan, abritent des objets précieux qui nous renseignent sur le passé. Parfois, il ne s'agit que d'une simple calotte, d'un berik ou d'un shapan, mais cet objet à lui seul évoque l'atmosphère de toute une époque. Je puise principalement mon inspiration dans les collections muséales. Je m'appuie également sur les travaux d'éminents chercheurs qui ont posé les fondements de l'ethnographie nationale, tels qu'Alkey Margulan et Uzbekali Zhanibekov. Je m'entretiens aussi avec des personnes âgées vivant dans différentes régions du pays et j'écoute leurs souvenirs. En leur posant des questions comme : « Comment vous habilliez-vous ? Quels vêtements portaient vos ancêtres ? », je recueille des données transmises par la mémoire collective. Alliant recherche scientifique et histoire orale, je m'efforce de comprendre en profondeur l'histoire, les traditions et la culture du costume national et de créer des œuvres fondées sur des données fiables.
– Vos œuvres ne se limitent pas à une simple fonction décorative ; elles possèdent une profonde dimension spirituelle. Comment transmettez-vous cette philosophie aux spectateurs ? Ces trois dernières années, l'intérêt pour les vêtements inspirés de l'art national a considérablement augmenté. Cette tendance a été façonnée non seulement par le travail acharné des artisans et créateurs locaux, mais aussi par des fêtes nationales comme Nauryz. Aujourd'hui, ce mouvement s'est diversifié en plusieurs branches. Certains artisans associent des motifs traditionnels à des créations européennes ou asiatiques modernes, intégrant des motifs nationaux comme éléments décoratifs. D'autres conservent des formes classiques, mais les adaptent à de nouveaux contextes esthétiques. Chaque créateur, fort de sa propre vision du monde et de ses goûts, réinterprète le vêtement national, lui insufflant une touche artistique contemporaine.
— Quels projets ou initiatives envisagez-vous de mettre en œuvre pour développer l'artisanat national et le design ethnique ?
— Mon objectif est clair. En 2024, nous avons organisé à Astana une exposition intitulée « Kieli Kimeshek » (Voyage traditionnel kazakh) que nous avons ensuite présentée aux habitants de plusieurs régions du pays. Cet événement dépassait le cadre d'une simple exposition de vêtements : il proposait un défilé de costumes traditionnels. Nous souhaitions ainsi faire découvrir au plus grand nombre la culture du vêtement traditionnel kazakh et la richesse de l'art national.
Mon rêve est d'étendre l'exposition « Kieli Kimeshek » à toutes les villes du pays, afin de présenter, au sein d'une seule et même exposition, la diversité des vêtements kazakhs, les particularités des coiffes et les styles d'été et d'hiver. Avec le temps, je prévois d'étendre ce projet au-delà des frontières du pays. Cependant, il est primordial de transmettre notre patrimoine national à notre peuple avec exactitude et profondeur. La reconnaissance internationale sera un prolongement naturel de ce travail. Notre collection s'enrichit et se développe chaque année. Aujourd'hui, de nouvelles pièces sont créées quotidiennement et les modèles précédents sont améliorés. Je suis convaincue qu'à l'avenir, notre collection de vêtements traditionnels s'enrichira encore davantage de nouvelles créations uniques.
– Quels principes suivez-vous lorsque vous présentez votre travail sur les réseaux sociaux ?
– Je n'ai pas de règles strictes. Tout repose sur mes connaissances et ma recherche constante d'amélioration. Je m'efforce de ne partager que des informations exactes et fiables. Après tout, je ne me considère pas comme une scientifique omnisciente, et l'ethnographie est une science très vaste et complexe. Par conséquent, je ne publie que les informations que j'ai personnellement recherchées, vérifiées et que je peux confirmer. Si un fait soulève des doutes, je préfère ne pas le publier. Il est important pour moi que chaque détail publié soit étayé, fiable et inspire confiance au public.