
Dans le contexte de la mondialisation, la jeunesse kazakhe allie avec brio le respect de ses traditions à un vif intérêt pour les professions modernes et la culture mondiale. Cette génération préserve non seulement le patrimoine culturel, mais influence aussi activement l'émergence de nouvelles tendances, en embrassant ouvertement l'innovation et les évolutions mondiales. Les jeunes Kazakhs font preuve d'initiative et d'une volonté de développement personnel, intégrant avec succès les valeurs nationales à la réalité contemporaine. Nous avons interrogé Yerkin Baidarov, orientaliste et expert en culture, sur la manière de préserver le code culturel national et de l'adapter aux nouvelles exigences de notre époque. Dans cet entretien, nous explorons également pourquoi la capacité à synthétiser tradition et modernité devient un facteur clé du développement de la génération actuelle et son impact sur l'avenir du Kazakhstan.
– Dans la culture kazakhe, le travail a toujours été perçu comme une norme interne et une manifestation de respect. Peut-on dire que les conditions modernes ouvrent la voie à de nouvelles formes d'activité tout en préservant ses valeurs fondamentales ?
– Dans la culture kazakhe, le travail a toujours fait partie intégrante de la vie nomade, une nécessité pour la survie et l'adaptation. Les conditions modernes favorisent de nouvelles formes d'activité tout en préservant les valeurs fondamentales du travail. Notre président, Kassym-Jomart Tokaïev, s'appuie activement sur le concept de « valeur du travail et de l'effort », soulignant son importance pour la construction d'un Kazakhstan fort et juste. Dans un contexte de mutations mondiales, le travail prend de nouvelles formes et ces valeurs demeurent un guide essentiel pour le développement de la société. La mise en œuvre par le ministère du Travail et de la Protection sociale du Concept de développement du marché du travail pour la période 2024-2029 vise à accroître les opportunités d'emploi, à améliorer les conditions de travail et à garantir des salaires décents. Ces initiatives sont conçues pour créer un système plus durable et équitable où le travail de chacun est valorisé et récompensé, et où les garanties sociales contribuent à la stabilité et à la prospérité de la société.
– À l'échelle mondiale, l'expérience de la Chine et le processus de « modernisation à la chinoise » montrent que les « valeurs du travail et de l'effort » doivent devenir bien plus que de simples mots : un véritable indicateur de réussite pour le pays et ses citoyens. Pour la société kazakhe, l'éducation a toujours signifié non seulement l'acquisition de connaissances, mais aussi la capacité de penser, d'écouter et de tirer des conclusions. Comment l'accessibilité actuelle au savoir influence-t-elle le développement de la pensée critique et de la culture intérieure au Kazakhstan ?
– L'éducation a toujours occupé une place importante dans la culture kazakhe, symbolisant non seulement l'acquisition de connaissances, mais aussi la capacité de penser, d'écouter et de tirer des conclusions. Ceci se reflète dans les proverbes : « Жэрдің сәні – егін, эрдің сәні – білім » (« La terre est ornée de récoltes, l'homme de savoir ») ; « Кісінің көркі киім емес – білім » (« Ce ne sont pas les vêtements qui ornent l'homme, mais son savoir »). « Білек бірді, білім мыңды жығады » (« Le fort vaincra un, le savant – mille ») ; « Білім – өмір шырағы » (« Le savoir est la flamme de la vie »). Pourtant, autrefois, l'éducation était perçue comme une « flamme de la vie » plutôt que comme un tremplin pour l'avancement professionnel. Aujourd'hui, l'éducation est devenue plus accessible, mais cela a conduit à l'émergence de spécialistes qui ne possèdent pas toujours une connaissance approfondie de leur domaine. Il est important de se rappeler que la quantité ne rime pas toujours avec qualité.
– Néanmoins, les plateformes en ligne, les conférences ouvertes et les projets culturels offrent à chacun la possibilité de développer un esprit critique et une culture personnelle, et insufflent un nouvel élan au développement individuel et collectif de la société. Peut-on affirmer que l'environnement culturel moderne au Kazakhstan offre davantage d'opportunités de choix éclairé de valeurs qu'auparavant ?
– Traditionnellement, les principes moraux se forgeaient au sein de la famille, par l'exemple et la tradition orale. Aujourd'hui, les livres, les médias et les espaces éducatifs et culturels viennent s'ajouter à ces sources. La réalité contemporaine offre indéniablement plus d'opportunités de choix éclairé de valeurs, et le Kazakhstan ne fait pas exception. Les livres, les médias et les initiatives culturelles ont enrichi nos vies de nouvelles perspectives et nous ont permis d'accéder aux plus belles réalisations de la culture mondiale. Parallèlement, nous ne devons pas oublier qui nous sommes. La culture kazakhe, partie intégrante de la civilisation mondiale, a intégré des éléments des traditions nomades, préislamiques, islamiques, persanes, chinoises, russes et occidentales, tout en préservant son caractère unique. Aujourd'hui, la culture kazakhe contribue activement à la communauté culturelle mondiale, comme en témoignent, par exemple, les succès de Dimash, Bibisara et d'autres jeunes Kazakhs.
– Pour que le Kazakhstan puisse pleinement s'épanouir sur la scène culturelle mondiale, il est essentiel de créer un modèle de société où la réussite de chaque citoyen découle de la prospérité générale du pays. – Aujourd'hui, les thèmes de la responsabilité, du respect, de l'éthique de la communication et de la confiance sont de plus en plus abordés. Y voyez-vous un signe de renforcement de la culture morale dans la société moderne ?
– Le renforcement de la culture morale dans la société moderne dépend avant tout de la société elle-même. Les communautés familiales et professionnelles reflètent le système social établi et sont sujettes à évolution. Les idées et les tendances impulsées par les « élites » jouent un rôle clé dans ce processus, créant des modèles que les classes sociales inférieures tendent à imiter. Renforcer la culture morale est possible, mais pas sans difficultés, car les relations humaines demeurent essentielles. On en trouve le reflet dans la littérature mondiale, depuis l'Antiquité.
– Dans le contexte de la construction d'un Nouveau Kazakhstan, le renforcement de la culture morale ne peut s'effectuer que par une transformation intérieure : dans son rapport à soi-même, au travail, à la société et à l'État.
– La tradition kazakhe a toujours recherché un équilibre entre la préservation des racines et l'ouverture aux nouvelles expériences. Dans quelle mesure la capacité à synthétiser tradition et innovation constitue-t-elle un atout pour la génération actuelle au Kazakhstan ? Dans le contexte de la mondialisation et des mutations technologiques, l'humanité est confrontée au défi de préserver les racines de ses cultures nationales face à l'influence du monde extérieur. Il est essentiel de préserver son patrimoine culturel tout en s'ouvrant à l'innovation et en l'adaptant pour développer la « voie kazakhe » dans divers domaines, notamment la culture, la science et l'économie. La génération actuelle au Kazakhstan a toutes les chances de concilier tradition et innovation.
– Le travail, la soif de connaissance et la responsabilité morale demeurent des valeurs essentielles, même si elles s'expriment différemment. Est-ce vrai ?
– Les époques et les peuples changent, mais le travail, la soif de connaissance et la responsabilité morale restent des valeurs essentielles. Il ne saurait en être autrement, puisque le travail a façonné l'homme. Cependant, à l'ère de l'intelligence artificielle, cette affirmation pourrait perdre de son sens, déclenchant un processus inverse et reléguant une fois de plus l'humanité aux marges de l'histoire. L'important n'est pas de chercher un sens dans de nouvelles expressions, mais de se concentrer sur un travail dans un domaine où l'on se sent à l'aise et épanoui – c'est ce qui donnera un nouveau sens à la vie.