
Il existe des histoires qui ne peuvent se réduire à de simples histoires d'amour. Elles sont trop chargées de souvenirs, de souffrance, de guerre, de trahison et d'espoir. C'est précisément le sujet abordé par le nouvel opéra « Appak, fille de Kiptchak », dont la première aura lieu les 21 et 22 mai à l'Opéra d'Astana.
Cette production sera présentée à l'occasion de la Journée des travailleurs de la culture et des arts. Elle coïncide avec le 35e anniversaire de l'indépendance du Kazakhstan et est réalisée avec le soutien du ministère de la Culture et de l'Information de la République du Kazakhstan. Mais derrière ce prétexte se cache bien plus qu'une simple première de la saison théâtrale. « Appak, fille de Kiptchak » est une tentative de relire l'histoire à travers la forme grandiose de l'opéra, où le destin personnel d'une femme se mêle à celui de son peuple.
L'opéra est inspiré de la célèbre pièce de Gabit Musrepov, « Appak, fille de Kiptchak ». Cependant, les créateurs de la production ont choisi de ne pas la raconter à la lettre. Les compositeurs Serikzhan et Alibi Abdinurov, le librettiste Tleugazy Beysembek, le metteur en scène Mikhail Pandzhavidze et le directeur musical Abzal Mukhitdin tissent une fresque complexe où se mêlent un drame humain intime et une grande épopée.
Un récit conduit le public à Nizami Ganjavi, le grand poète azerbaïdjanais, dont la vie est bouleversée par la beauté kiptchak captive Appak. Elle lui est offerte comme un précieux présent par le souverain de Derbent. Mais dans cette histoire, le présent cesse rapidement d'être un cadeau. Appak devient le destin, une épreuve, une lumière intérieure, et la muse même par laquelle le poète entre en contact avec une autre culture, une autre souffrance, et une autre vérité.
Le second récit dévoile un monde de guerre. On y trouve des intrigues, des trahisons, une lutte pour le pouvoir et un cercle vicieux de violence où chaque querelle engendre inévitablement la suivante. Mais l'enjeu principal de ce nouvel opéra n'est pas tant le conflit des forces en lui-même, mais plutôt la manière dont l'histoire personnelle d'Appak se mue peu à peu en tragédie nationale. Ses souvenirs de sa steppe natale, son lien avec ses ancêtres et sa sagesse intérieure deviennent non pas une faiblesse, mais une force capable d'enrayer la destruction.
C'est précisément pourquoi l'image d'Appak dans cette production ne se réduit pas au symbole théâtral habituel de la beauté ou de la souffrance. Elle n'est pas simplement une captive, ni une simple muse, ni l'héroïne d'une histoire d'amour. Elle incarne à la fois la fragilité et la force, la douleur et la dignité, l'émotion personnelle et le sens des responsabilités envers son peuple. L'équipe de production, dirigée par Mikhaïl Pandjavidze, lauréat du Prix d'État de la République du Tatarstan, évite délibérément les personnages stéréotypés. Point de portraits conventionnels ici. Des êtres confrontés à un choix.
Pour les personnalités honorées du Kazakhstan, Serikzhan et Alibi Abdinurov, cet opéra marquait leur première expérience avec le grand opéra. Et c'est là tout l'intérêt de cette première : la nouvelle musique doit passer son épreuve cruciale non pas sur le papier, mais sur scène, portée par le souffle vivant de l'orchestre, du chœur, des solistes et du public.
L'équipe de l'Opéra d'Astana définit l'échelle musicale de la production. L'Artiste du peuple du Kazakhstan, Abzal Mukhitdin, en est le directeur musical. Le chef d'orchestre et directeur musical, le Travailleur émérite du Kazakhstan Yerbolat Akhmedyarov, dirige l'ensemble. Rustem Baimurzin, récipiendaire de l'Ordre de Kurmet, collabore également avec l'orchestre.
Le chœur joue un rôle essentiel dans la production. Sous la direction du Travailleur émérite du Kazakhstan Yerzhan Dautov et des chefs de chœur Damir Musin et Yerzhan Sansyzbayev, il devient non seulement un accompagnement musical, mais un élément à part entière de la dramaturgie. Le chœur entre dans cette histoire comme la voix du temps, du peuple et de la mémoire. La chorale d'enfants, dirigée par Aliya Akhmetova et Sholpan Akhmedzhanova, apportera une dimension émotionnelle inédite au spectacle : pureté, émotion et une vision d'avenir, un avenir pour lequel, peut-être, la guerre doit cesser.
L'univers visuel de l'opéra est tout aussi important. Les artistes émérites du Kazakhstan, Saniya Tasmagambetova et Pavel Dragunov, conçoivent des décors et des costumes qui ne se contentent pas d'orner la scène, mais s'inscrivent pleinement dans le récit. Dans ce spectacle où se mêlent steppe, palais, mémoire et guerre, le visuel devient un langage narratif à part entière. Victor Carare est responsable de la conception technique du projet, avec pour mission d'harmoniser musique, lumières, décors, mouvements, chœur et orchestre en une expérience scénique unique et cohérente.
Actuellement, en coulisses à l'Opéra d'Astana, un travail invisible au public se déroule : essayages, répétitions générales, répétitions avec l'orchestre, mise au point de la mise en scène et recherche de solutions techniques. C’est précisément dans cette concentration en coulisses que se dessine progressivement une production en neuf scènes – l’une des plus complexes du répertoire du théâtre.
Le rôle d’Appak sera interprété par Bibigul Zhanuzak, travailleur émérite du Kazakhstan, Nazim Sagintay et Ulpan Aubakirova. Le rôle de Nizami sera interprété par Zhan Tapin, travailleur émérite du Kazakhstan, Ramzat Balakishiyev, Talgat Allabirinov et Sayan Isin. La distribution comprend également Talgat Galeyev, Rasul Zharmagambetov, Dinmukhamed Koshkinbayev, Sargis Bazhbeuk-Melikyan, Yevgeny Chaynikov, travailleur émérite du Kazakhstan, Tatyana Vitsinskaya, travailleuse émérite du Kazakhstan, Saltanat Muratbekova, Gulzhanat Sapakova, ainsi que Talgat Musabayev et Zhanat Shybykbayev, tous deux travailleurs émérites du Kazakhstan. Cependant, la complexité de cette production se veut insoupçonnée. L'essentiel pour le public est de vivre une histoire où la guerre se heurte à la sagesse, le pouvoir à la dignité humaine, et où l'amour, au-delà de l'intimité, devient un chemin vers la paix.
« Appak, la fille de Kiptchak » aborde le passé, mais sans ressembler à une reconstitution historique. C'est le récit de la force du souvenir face à la violence, et de la capacité de la voix d'une femme à couvrir le fracas de la guerre. C'est pourquoi, dans ce nouvel opéra, la muse des steppes de Nizami apparaît non seulement comme une source d'inspiration, mais aussi comme un symbole de liberté intérieure, inaliénable et inaliénable.
La première d'« Appak, la fille de Kiptchak » aura lieu les 21 et 22 mai à l'Opéra d'Astana. Représentations à 19h00.